"Dans une crise, la seule chose prévisible, c’est l’incertitude qui suit " - Isabelle LUSCHEVICI

"Il est aussi absurde de parler de démocratie ou d'efficacité économique dans une société communiste que d'évoquer un capitalisme sans argent" - Alexandre ZINOVIEV

"Un peu d’internationalisation éloigne de la patrie, beaucoup y ramène" - Jean JAURÈS

"Moins le risque est grand, plus les spéculateurs fuient" - Maurice ALLAIS

"Le budget est le squelette de l'État débarrassé de toute idéologie trompeuse" - Joseph SCHUMPETER

"Les investissements d'aujourd'hui sont les profits de demain et les emplois d'après demain" - Helmut SCHMIDT

"L’Europe se fera par la monnaie ou ne se fera pas" - Jacques RUEFF

"J'ai déjà croisé le mensonge, le fieffé mensonge. Mais avec le ministère de l'économie, je découvre le stade ultime: la statistique" - Benjamin DISRAELI

"La seule cause de la dépression est la prospérité" - Clément JUGLAR

"La confiance est une institution invisible qui régit le développement économique" - Kenneth ARROW

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La Lettonie va devenir le 18ème membre de la Zone Euro

20 juin 2013

Après un processus d'adhésion, la Lettonie va devenir officiellement le 18ème membre de la Zone Euro (ZE) en janvier 2014. L'adhésion de la Lettonie intervient après une période où le pays a été fortement touché par la crise globale. Le pays a alors fait appel à des aides internationales et mis en place un programme de redressement économique. Grâce à ces dispositifs, la République lettone est finalement sortie de la crise et respecte les critères d'adhésion. Par conséquent, l'intégration est rendue possible et correspond en réalité à un processus naturel, qui présente des avantages mais aussi des risques, le tout dans un contexte d'inquiétude concernant la Zone Euro. L'adhésion de la Lettonie préfigure probablement celle de la Lituanie.

LETTONIE - Adhésion à la Zone Euro

 

Impact brutal de la crise globale sur la Lettonie mais redressement spectaculaire

L'adhésion de la Lettonie à la ZE n'était pas possible auparavant car les critères de convergences requis pour une adhésion n'étaient pas remplis. En effet, jusqu'en 2008, le pays bénéficiait certes de taux de croissance économique élevés (parfois supérieurs à 10% par an), mais l'inflation était encore plus élevée. Ensuite, la crise a touché la république balte très brutalement avec une chute de la richesse nationale de presque 25% et une diminution de l'emploi de presque 20%. Le résultat pour le pays a été une accélération de l'émigration avec une population qui a diminué de plus de 10%.

La Lettonie, pour faire face à cette situation économique très dégradée, a fait appel à des aides financières internationales de la part du FMI (Fonds Monétaire International) de l'UE (Union Européenne) et des pays voisins, pour un montant total de 7,5 milliards d'euros. En parallèle, le pays a développé plusieurs politiques économiques pour améliorer sa situation. En effet, le pays s'est attelé à des réformes structurelles, il a fortement diminué les salaires et les pensions de retraites, ainsi que les dépenses publiques en parallèle à une politique attractive pour les investissements, notamment sur le plan fiscal. Au final, le pays a ainsi réussi à fortement diminuer son déficit public qui est passé de 10% du PIB (voir définition) en 2009 à 1,2% actuellement. Le chômage est passé de 21% en 2009 à 13,7% en avril 2013. Enfin, les dépenses publiques sont passées de 44% du PIB en 2009 à 33% en 2013. Le pays n'a d'ailleurs utilisé que 60% des aides financières consenties et a remboursé le FMI avec trois années d'avance.

Raisons et implications de l'intégration de la Lettonie à la Zone Euro

La Lettonie a donc réussi à sortir dans la situation très compliquée dans laquelle elle se trouvait. Elle a réussi un ajustement économique très compliqué et fait maintenant partie des économies parmi les plus dynamiques en Europe avec une croissance économique (voir définition) de +5,6%. Le pays remplissait ainsi les indicateurs économiques qui permettaient son adhésion à la ZE : inflation inférieure à 2% par an (1,3%), déficit public inférieur à 3% du PIB (1,2%) et dette publique inférieure à 60% du PIB (41%). La combinaison de ces critères économiques avec des considérations politiques et démocratiques a rendu la Lettonie admissible à l'intégration à la zone euro. Par conséquent, le pays se séparera de sa monnaie nationale actuelle, le Lat, qui est la monnaie officielle depuis 1922, pour adopter l'Euro dès janvier 2014.

L'adhésion du pays à la ZE correspond à un souhait de longue date de la part de la Lettonie. Elle avait d'ailleurs mis en place un système de taux de change fixe par rapport à l'euro, pour éviter une fluctuation trop forte de sa devise qui aurait alors hypothéqué ses chances d'intégrer la ZE. Néanmoins, ce système avait l'inconvénient de cumuler les désavantages d'une perte de fait d'indépendance de sa politique monétaire, de même le pays ne pouvait pas accéder aux facilités offertes par la BCE (Banque Centrale Européenne) car il n'avait pas encore adopté l'euro. De plus, cette intégration s'inscrit dans un processus naturel où les relations économiques du pays s'effectuent de plus en plus avec des pays ayant l'euro comme devise. En effet, l'économie lettone est très ouverte et près de 75% du commerce se réalise avec des pays ayant la monnaie unique. Dès lors, et afin de diminuer les coûts de transaction (voir définition) et les risques de change (voir définition) inhérents à cette situation, l'adoption de l'euro devenait une nécessité.

Parmi les avantages retirés par la Lettonie à son adhésion il y a bien entendu l'aspect symbolique que constitue une telle adhésion. En effet, cela consacre l'intégration de l'ex-République soviétique au sein des pays de l'Europe occidentale. Ensuite, cela va amener de la confiance dans le pays car c'est un processus irrémédiable et son appartenance ne pourra être remise en question tant que l'Euro existera. Egalement, le climat des affaires s'en trouvera amélioré, pouvant ainsi attirer des capitaux étrangers rassurés par un cadre stable et prévisible. La Lettonie pourra également espérer bénéficier de taux d'emprunt plus faibles, même si cet avantage devrait se matérialiser plutôt en période de crise car le pays emprunte déjà à des taux acceptables, inférieurs à 4%. Enfin, le fait d'adopter l'euro permet de limiter l'échange entre monnaies différentes, ce qui facilite considérablement le commerce et les affaires quotidiennes, et rend plus facile la comparaison des prix avec les autres pays partenaires.

Il existe cependant deux risques principaux à cette intégration :

  • Tout d'abord, celui du risque de fuite des capitaux. En effet, 50% des dépôts bancaires sont détenus par des non-résidents, autrement dit des étrangers, notamment issus des ex-républiques soviétiques, et majoritairement de Russie. Dès lors, en cas de retrait rapide et massif de ces capitaux, cela pourrait fragiliser considérablement la stabilité financière du pays. Toutefois, même si ce risque existe, la Lettonie n'est pas dans le cas de Chypre où le risque de fuite des capitaux était réel. En effet, la taille du secteur bancaire letton ne représente que 130% du PIB, contre près de 800% à Chypre avant l'explosion de la crise (voir décryptage). Par conséquent, les capitaux pourront effectivement partir mais il n'existe, à l'heure actuelle, aucune raison objective pouvant faire craindre la matérialisation de ce risque car la stabilité financière dont bénéficiait le pays avant, ne devrait pas évoluer après l'adoption de l'Euro.
  • Ensuite, le risque d'inflation. Actuellement, l'inflation en Lettonie est maîtrisée. Néanmoins, plusieurs éléments laissent à penser que l'inflation pourrait de nouveau augmenter. En effet, le gouvernement a décidé d'assouplir les mesures d'austérité en diminuant le niveau des taxes, en augmentant le salaire des fonctionnaires et le niveau des pensions de retraites, alors que dans le même temps, le chômage diminue. Tous ces éléments annoncent une croissance 2013 portée par la consommation, mais qui comporte également des risques de hausse d'inflation. Néanmoins, si l'inflation s'accélère, elle devrait être contenue étant donné la stabilisation des prix du pétrole et des denrées alimentaires.

Perspectives

L'adhésion de la Lettonie à la ZE intervient dans un contexte européen difficile avec une récession de plusieurs pays, un chômage historiquement haut et des tensions sur les marchés financiers, même si ces dernières ne sont pas apparentes pour le moment. D'ailleurs, la Pologne a repoussé sine die son adhésion à cette même zone, afin d'éviter des turbulences éventuelles et d'attendre la confirmation de l'accalmie. Dans ce cadre, l'adhésion peut apparaitre comme inopportune à certains égards. Néanmoins, la Lettonie est un petit pays de 2 millions d'habitants qui ne représente que 0,3% du PIB de la ZE. Dès lors, en cas de problèmes, les conséquences seraient marginales; même s'il convient de souligner que la Grèce et Chypre ne représentaient également que des parts marginales. De plus, la capacité du pays à s'être sorti seul, ou presque, de la situation très dégradée dans laquelle il était plongé est encourageante en cas de problème.

De plus, les caractéristiques du commerce du pays devraient amoindrir les chocs éventuels. En effet, le pays commerce essentiellement avec des pays moins touchés que la moyenne par la crise comme l'Allemagne, la Russie, la Suède et les pays baltes. Dès lors, le pays paraît relativement protégé. De plus, la Lettonie a développé des politiques économiques très volontaristes de baisse du coût du travail et des réformes favorisant l'investissement et l'attraction d'IDE (voir définition). Là encore, ces éléments viennent renforcer positivement les perspectives économiques de court et moyen terme.

Enfin, notons qu'après l'adhésion de l'Estonie à la ZE en 2011, et celle de la Lettonie en 2014, il est probable que le prochain entrant soit le troisième pays balte : la Lituanie. En effet, l'adhésion de ce pays serait relativement logique et mécanique, ne serait-ce qu'en terme d'attractivité. Il est dorénavant probable que si un investisseur cherche à investir dans la région, il se tourne de façon préférentielle vers les pays déjà membre de la ZE qu'il pourrait juger plus attractifs. Dès lors, une adhésion pour 2015 n'est pas inenvisageable, même si là encore cette perspective est conditionnée au fait que le pays remplisse les critères d'adhésion et qu'il en fasse la demande.

Citation

Sylvain Fontan, “La Lettonie va devenir le 18ème membre de la Zone Euro”, décryptage publié sur «leconomiste.eu» le 20/06/2013.