"C'est en poussant à bout le mouvement économique que le prolétariat s'affranchira et deviendra l'humanité" - Jean JAURES

"Le socialisme est une philosophie de l'échec, le crédo de l'ignorance et l'évangile de l'envie " - Winston CHURCHILL

"Le gouvernement ayant pris ainsi la place de la Providence, il est naturel que chacun l'invoque (...). Aussi rencontre-t-on un nombre immense de requêtes qui, se fondant toujours sur l'intérêt public, n'ont trait néanmoins qu'à de petits intérêts privés" - Alexis de TOCQUEVILLE

"L'étonnante tâche des sciences économiques est de démontrer aux hommes combien en réalité ils en savent peu sur ce qu'ils s'imaginent pouvoir modeler" - Friedrich HAYEK

"Si vous m'avez compris c'est que je me suis mal exprimé" - Alan GREENSPAN

"La confiance est une institution invisible qui régit le développement économique" - Kenneth ARROW

"On n’est jamais mieux gouverné que lorsqu’il n’y a pas de gouvernement" - Jean-Baptiste SAY

"C'est uniquement parce que nous sommes libres dans le choix de nos moyens que nous sommes aussi libres dans le choix de nos fins. La liberté économique est par conséquent une condition indispensable de toute autre liberté" - Friedrich HAYEK

"La propriété est un droit antérieur à la loi, puisque la loi n'aurait pour objet que de garantir la propriété" - Frédéric BASTIAT

"Les urgences ont toujours été le prétexte sur lequel les protections des libertés individuelles ont été érodé" - Friedrich HAYEK

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Robert BOYER : Théorie de la régulation

16 septembre 2013

Né en 1943, Rober BOYER est un économiste français. Il est un des membres majeurs de l'Ecole de la régulation avec entre autres Michel AGLIETTA et ou encore Yves SAILLARD. Il est notamment directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'EHESS. Les travaux de R.BOYER sont considérés comme hétérodoxes dans le sens où ils s'opposent aux courants de pensées dominants en économie (orthodoxie). Les approches en termes de régulation font de la croissance et des crises, de leur variabilité dans le temps et dans l'espace une question centrale de l'analyse économique, et rattachent ces phénomènes aux institutions sociales en vigueur.

BOYER Robert

 

Théorie de la régulation

Les rapports sociaux sont considérés comme fondamentaux pour comprendre l'évolution des sociétés. En ce sens, la théorie de la régulation souligne sa filiation avec l'analyse marxiste traditionnelle. Elle élargit son champ et ses méthodes en utilisant des outils disponibles dans d'autres disciplines telles que l'histoire, la sociologie, le droit ou encore la philosophie; elle s'ouvre également à d'autres courants de pensée tels que la macroéconomie keynésienne ou kaleckienne. L'ouvrage fondateur de BOYER a été publié en  1986 sous l'intitulé "La théorie de la régulation : une analyse critique". Il vise à l'élaboration d'une alternative à la théorie économique dominante. Toutefois, la théorie de la régulation s'apparente en réalité plus à une méthode qu'à une théorie à proprement parlé.

L'analyse de BOYER part de l'analyse du capitalisme. Il s'interroge et critique la pertinence du caractère autorégulateur des économies de marché dans le cadre de l'analyse du capitalisme de longue période et sur l'émergence de crises. Dans ce cadre, parler de la régulation d'un mode de production, c'est chercher à exprimer la manière dont se reproduit la structure déterminante d'une société dans ses lois générales. Une théorie de la régulation sociale est une alternative globale à la théorie de l'équilibre général. Elle souhaite étudier la transformation des rapports sociaux créant des formes nouvelles, à la fois économiques et non économiques.

Les "régulationnistes" envisagent le changement comme aussi important que l'invariance, et que l'un et l'autre doivent être analysés simultanément. Dans ce cadre, il convient de préciser les règles et les normes, les formes et les structures. L'approche de la régulation a progressivement forgé un ensemble d'outils conceptuels qui se déclinent en trois niveaux d'analyse :

1) Analyse des modes de production et leur articulation. Un mode de production renvoie à toute forme spécifique des rapports de production et d'échanges, c'est-à-dire des relations sociales régissant la production et la reproduction des conditions matérielles requises pour la vie des hommes en société. L'accumulation est reconnue comme une tendance inhérente au mode de production capitaliste.

2) Les régularités sociales et économiques qui permettent à l'accumulation de se développer sur le long terme à travers des crises. le concept de régime d'accumulation (ou de croissance) se définit comme l'ensemble des régularités assurant une progression générale et relativement cohérente de l'accumulation du capital, c'est-à-dire permettant de résorber ou d'étaler dans le temps les distorsions et déséquilibres qui naissent en permanence du processus lui-même. Les régularités s'expliquent par la configuration des institutions qui régissent la concurrence, la monnaie, le rapport salarial, l'insertion dans les relations internationales.

3) La configuration des rapports sociaux pour un lieu et une phase historique donnés. Le concept nécessaire est celui de la forme institutionnelle qui codifie les rapports sociaux fondamentaux. BOYER distingue cinq formes institutionnelles fondamentales :

  • formes de la contrainte monétaire ;
  • configuration du rapport salarial ;
  • formes de la concurrence ;
  • modalités d'adhésion au régime international ;
  • formes de l'Etat.

Selon les lieux et les périodes, les différentes configurations de ces formes institutionnelles (toujours soumises au changement) peuvent trouver une cohérence génératrice de régularités, de phase de croissance, ou se révéler au contraire contradictoires et engendrer des crises. Dès lors, un mode de régulation désigne tout ensemble de procédures et de comportement (individuels et collectifs) qui a la propriété de (1) reproduire les rapports sociaux, (2) de soutenir et piloter le régime d'accumulation en vigueur, et (3) d'assurer la compatibilité dynamique d'un ensemble de décisions décentralisées.

L'équilibre statique est remplacé par l'analyse des processus dynamiques. Les processus dynamiques résorbent des déséquilibres qui naissent continuellement de l'accumulation. Les marchés sont insérés dans un ensemble de formes institutionnelles qui socialisent l'information et les comportements. La rationalité des agents est restreinte aux informations et capacités intellectuelles dont ils disposent vraiment. Dans cette perspective, les agents économiques interagissent à partir d'une série d'institutions, de règles du jeu et de conventions historiques et locales.

Dans ce cadre, la théorie de la régulation ambitionne d'analyser les modes de développement. Le but est de savoir comment stabiliser sur une longue période un régime d'accumulation et un type de régulation, et comment ils entrent en crise et se renouvellent. Il y a quatre points à la méthode :

  • chercher les dates clefs qui marquent des changements significatifs afin de caractériser les différentes logiques de chaque période.
  • Modéliser de façon macroéconomique les différentes régulations à chaque période.
  • Vérifier la cohérence de la construction logique et ainsi affiner les hypothèses et concepts.
  • Identification les tendances inhérentes à chacun des régimes d'accumulation, pour en comprendre aussi bien l'essor que la crise.

Citation

Sylvain Fontan, “Robert BOYER : Théorie de la régulation”, décryptage publié sur «leconomiste.eu» le 16/09/2013.