"Pour être valable toute théorie, quelle qu'elle soit, doit être confirmée, tant dans ses hypothèses que dans ses conséquences, par les données de l'observation" - Maurice ALLAIS

"Le capitalisme constitue par nature, un type ou une méthode de transformation économique, et non seulement il n’est jamais stationnaire, mais il ne pourrait le devenir. Ce processus de destruction créatrice constitue la donnée fondamentale du capitalisme" - Joseph SCHUMPETER

"La grande industrie exige sans cesse une armée de réserve d’ouvriers sans emploi" - Karl MARX

"La protection douanière est notre voie, le libre-échange est notre but " - Friedrich LIST

"C'est en poussant à bout le mouvement économique que le prolétariat s'affranchira et deviendra l'humanité" - Jean JAURES

"Les investissements d'aujourd'hui sont les profits de demain et les emplois d'après demain" - Helmut SCHMIDT

"Le plein-emploi ou même une situation voisine du plein-emploi est rare autant qu’éphémère" - John Maynard KEYNES

"L'humanité n'est pas sortie de l'âge de pierre parce qu'il n'y avait plus de pierres" - Ahmed Zaki YAMANI

"Quand un économiste vous répond, on ne comprend plus ce qu’on lui avait demandé " - André GIDE

"Si vous m'avez compris c'est que je me suis mal exprimé" - Alan GREENSPAN

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Un nouvel acte de la crise globale se joue actuellement en Chine

18 juillet 2013

La Chine a connu plusieurs semaines de fortes tensions sur les marchés financiers avec une chute des bourses suite à une hausse des taux d'intérêts. Il est important d'appréhender le contexte dans lequel ces évènements se sont déroulés afin de comprendre les dessous d'une situation potentiellement explosive pour la Chine, mais plus largement pour la région Asie-Océanie, ainsi que l'ensemble de l'économie mondiale. Tous ces évènements traduisent en réalité la volonté des autorités chinoises de faire évoluer le modèle économique dans un contexte où la croissance du pays montre des signes de ralentissement.

 Evolution du montant global des crédits en Chine depuis 2005

Source des inquiétudes

Fin Juin 2013, la Chine a connu une rapide remontée des taux interbancaires à court terme, autrement dit le SHIBOR (Shangai Interbank Offered Rate) à 7 jours. Alors que le SHIBOR oscille habituellement dans une fourchette allant de 2% à 4%, il est brutalement monté à plus de 13%, soit au plus haut depuis 2008 et le déclenchement de la crise financière internationale.

Les taux interbancaires représentent le taux auquel les banques se prêtent des liquidités entre elles afin de se refinancer. Plus le taux est élevé, plus les banques ont des problèmes de financement et moins elles peuvent octroyer de crédits aux ménages et aux entreprises. Dès lors, l'activité économique s'en trouve négativement impactée. La hausse rapide des taux traduit une défiance soudaine des banques les unes envers les autres et fait courir un risque d'assèchement du crédit ("Credit Crunch" en anglais). Le risque lié à un phénomène de Credit Crunch est la faillite en chaîne des banques qui se traduirait notamment par un blocage des investissements et de la consommation. Le risque est le même que celui auquel les pays occidentaux ont fait face en 2008-2009 avec la crise financière internationale.

Depuis les pics du SHIBOR, les taux sont redescendus sous l'effet de l'intervention massive des autorités monétaires avec la PBoC (People's Bank of China), autrement dit la banque centrale chinoise, qui a injecté 50 milliards de Yuan, soit environ 8,2 milliards de dollars, dans le système financier. Même si cette intervention a permis de calmer les marchés, les problèmes sont toujours présents et soulignent en réalité des pratiques dangereuses de financement de l'économie. En effet, l'économie chinoise a pris l'habitude de contracter des prêts à court terme pour financer des produits et des projets à fort rendement mais à échéance de long terme, notamment par le système du Shadow Banking (finance occulte).

Le résultat du financement de l'économie à crédit est l'explosion du niveau global du crédit en Chine qui a été multiplié par 7,5 en l'espace de 7 ans, passant de 3'000 milliards de dollars à 23'000 milliards en 2012 (voir graphique ci-dessus).  Le total des crédits est alors disproportionné par rapport à la taille de l'économie car il représente près de 220% du PIB de la Chine, soit 8 fois plus que 10 ans auparavant. Les conséquences directes sont d'une part une incitation aux comportements risqués, et d'autre part une mauvaise allocation des ressources. Dès lors, l'industrie chinoise fait face à des surcapacités et à des phénomènes spéculatifs dans le secteur immobilier, le tout faisant craindre l'explosion d'une bulle immobilière et/ou de crédit.

Changement de modèle économique

Contrairement aux apparences, ce sont les autorités chinoises qui sont à l'origine de ces tensions sur les taux. En effet, les différentes déclarations officielles marquent la volonté des autorités monétaires et politiques de freiner l'expansion très rapide du crédit en Chine. Le but recherché est d'enclencher un processus d'assainissement du marché bancaire afin que le modèle de croissance du pays s'adapte au nouvel environnement économique.

Jusque-là, la Chine a basé son développement économique sur un modèle Mercantiliste fondé sur un coût du travail faible et des exportations importantes pour accumuler des devises. Toutefois, ce modèle est mis à mal. En effet, la compétitivité-coût diminue sous l'effet combiné de la hausse rapide des salaires (+15% par an en moyenne depuis 2002) et l'appréciation (hausse de la valeur) régulière du Yuan (monnaie chinoise) qui limite le potentiel de pénétration des marchés étrangers. D'autre part, la crise globale dans les pays occidentaux diminue mécaniquement le potentiel d'exportation de la Chine.

Pour faire face à cette évolution, la Chine doit, d'une part, réussir à drainer les liquidités du pays afin de réorienter les ressources de l'économie domestique et ainsi inciter la demande interne; et d'autre part, elle doit orienter son modèle de croissance vers la production haut de gamme, plus génératrice de valeur ajoutée. Or, actuellement, le poids de la demande des ménages est encore trop faible pour tirer l'ensemble de l'économie chinoise car les hausses de salaires ne se traduisent pas par une augmentation de la consommation, mais par une augmentation de l'épargne dans une optique de précaution et de retraite. De plus, concernant la montée en gamme de la production, ces produits se trouvent en concurrence avec des produits provenant de pays développés déjà bien installés. L'écart tarifaire généralement observé entre les produits chinois et ceux provenant des pays développés ne saurait totalement combler l'écart de qualité et de notoriété, à fortiori quand cet écart tarifaire tend à diminuer. Dès lors, il n'est pas acquis que les produits chinois hauts de gamme arrivent à s'imposer sur les différents marchés mondiaux.

Conséquences potentielles nationales, régionales et internationales

L'assainissement financier et la remise en cause du modèle de croissance sont nécessaires mais impliquent un certain nombre de conséquences difficiles à assumer. La première des conséquences est la réduction de l'offre de crédit proposée aux ménages et aux entreprises. Or, cela implique nécessairement d'accroitre le ralentissement économique déjà engagé depuis plusieurs années (croissance économique supérieure à +10% en 2010, supérieure à +9% en 2011 et inférieure à +8% en 2012). L'entrée dans une période de croissance plus faible implique également l'entrée dans une période plus risquée sur le plan social au regard de la croissance démographique chinoise. En effet, la hausse naturelle de la population active nécessite un niveau d'activité soutenue pour permettre d'intégrer ces populations sur le marché du travail et ainsi garantir la paix sociale, supporter des inégalités fortes et un manque de liberté. Le consensus social forgé au cours des différentes années selon lequel la population "accepte" un manque de liberté, une corruption forte et le maintien d'un parti politique unique, en échange d'une amélioration du niveau de vie pourrait être rompu, et ainsi entraîner des conséquences très importantes du point de vue de la stabilité du pays.

Il ne faut pas oublier que la Chine est la deuxième économie mondiale (ou troisième si l'Union Européenne est prise comme un tout). Dès lors, une déstabilisation sociale, ou une crise financière et/ou économique de ce pays aurait forcément des répercussions au-delà de ses frontières. Le risque est donc de voir ressurgir des éléments constitutifs d'une nouvelle crise globale (voir bulletin). A ce titre plusieurs similitudes existent avec la situation des Etats-Unis de 2007. En effet, la dette non-financière est très élevée, et une partie importante relève du Shadow Banking, autrement dit d'une dette non sécurisée assimilable sous cet angle aux crédits dits subprimes. Dès lors, une explosion des crédits non performants (créances non remboursées) obligerait l'Etat chinois à intervenir pour éviter l'effondrement du système bancaire et financier. La Chine étant très liée aux économies de l'Océanie et de l'Asie, une chute des bourses et des monnaies aurait un effet de contagion rapide et brutale. En Europe, cela signifie la fin des espoirs de reprise économique par le biais des exportations. Or, la hausse des exportations, avec comme préalable l'amélioration de la compétitivité, est l'élément le plus fondamental pour une reprise économique.

Néanmoins, il convient de minimiser ces risques au regard de certains fondamentaux chinois. En effet, la Chine bénéficie d'un taux d'épargne très élevé (supérieur à 50% du PIB), les ménages sont très peu endettés, la dette n'est pas détenue en monnaie étrangère et l'Etat central est très liquide. Tous ces éléments sont relativement sécurisants à court et moyen terme et font que le risque systémique (transmission d'un problème à l'ensemble de l'économie) demeure assez faible, même si la probabilité que cela se réalise n'est pas nulle.

Citation

Sylvain Fontan, “Un nouvel acte de la crise globale se joue actuellement en Chine”, décryptage publié sur «leconomiste.eu» le 18/07/2013.