"C'est uniquement parce que nous sommes libres dans le choix de nos moyens que nous sommes aussi libres dans le choix de nos fins. La liberté économique est par conséquent une condition indispensable de toute autre liberté" - Friedrich HAYEK

"L'étonnante tâche des sciences économiques est de démontrer aux hommes combien en réalité ils en savent peu sur ce qu'ils s'imaginent pouvoir modeler" - Friedrich HAYEK

"Il est appréciable que le peuple de cette nation ne comprenne rien au système bancaire et monétaire. Car si tel était le cas, je pense que nous serions confrontés à une révolution avant demain matin. " - Henry FORD

"Il y a deux manières de conquérir et d'asservir une nation, l'une est par les armes, l'autre par la dette." - John ADAMS

"Les investissements d'aujourd'hui sont les profits de demain et les emplois d'après demain" - Helmut SCHMIDT

"Dans une crise, la seule chose prévisible, c’est l’incertitude qui suit " - Isabelle LUSCHEVICI

"La liberté n’est pas l’absence d’engagement, mais la capacité de choisir" - Paulo CUELHO

"Il serait un mauvais économiste celui qui ne serait qu’économiste" - Friedrich HAYEK

"L'impôt tue l'impôt" - Arthur LAFFER

"La grande industrie exige sans cesse une armée de réserve d’ouvriers sans emploi" - Karl MARX

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Alberto ALESINA : Théorie de la modération rationnelle des institutions politiques

10 février 2021

Né en 1957 aux Etats-Unis Alesina est un économiste qui collabore avec différents organismes tels que le CEPR en Angleterre et le NBER aux Etats-Unis. Il enseigne actuellement à l'Université de Harvard aux Etats-Unis. Il travaille sur plusieurs sujets, mais il est surtout connu et reconnu pour ses travaux portant sur l'Economie Politique, domaine qui ambitionne d'étudier les phénomènes contemporains à l'aide de l'interconnexion des sciences économiques et des sciences politiques.

Alberto ALESINA

 

L'économie politique

La politique et l'économie sont des domaines liés car l'étude de l'un nécessite souvent la considération de l'autre. En effet, la situation économique influe sur les votes, les choix politiques et le positionnement politique des dirigeants, alors que parallèlement les décisions politiques se répercutent sur l'environnement économique.

Le mode de gouvernance d'un pays est le reflet d'un choix collectif se traduisant par l'émergence d'une constitution, laquelle donne le cadre dans lequel la vie politique doit s'exercer. Dans ce contexte, et dans une société démocratique, les politiques publiques correspondent à un équilibre entre des intérêts souvent contradictoires d'électeurs différents et qui reflètent les divergences socio-économiques d'une société. Toutefois la politique menée doit nécessairement être approuvée et soutenue par une majorité de citoyens et/ou de leurs représentants.

De façon schématique, l'idée de l'économie politique est de prêter les outils d'analyse des sciences économiques aux sciences politiques, afin notamment d'attribuer la même rationalité aux agents politiques (électeurs, politiciens...) qu'aux agents économiques (ménages, entreprises, Etats, institutions financières...). Parallèlement, l'économie politique emprunte à la science politique l'intégration des choix de politique gouvernementale dans les modèles économiques.

La théorie de la modération rationnelle des institutions politiques

La thèse d'Alesina est que les évènements économiques et politiques s'influencent réciproquement. Il développe notamment cette idée dans ce qui est probablement son ouvrage le plus connu (co-écrit avec le politologue Howard Rosenthal), à savoir "Partisan Politics, Divided Government and the Economy" publié en 1995. Dans cet ouvrage, il modélise tout d'abord le système politique américain et étudie les interactions entre le pouvoir exécutif (le Président) et le pouvoir législatif (le Congrès), avant ensuite de développer un modèle d'équilibre général.

La thèse d'Alesina part de deux hypothèses. Tout d'abord, (1) que les partis politiques et les électeurs veulent le pouvoir et veulent également rester fidèles à leurs choix politiques. Dès lors, les programmes politiques ne convergent pas vers une position consensuelle centriste, mais se polarisent à gauche et à droite de l'échiquier politique. Les raisons de cette polarisation sont que les partis politiques veulent garder leur crédibilité, n'osent pas trahir leur idéologie de peur de décevoir leurs électeurs et donc ne pas se faire réélire aux prochaines élections. Au final, les partis politiques se polarisent pour une notion de fidélité, d'où la notion de "partisan politics" qui pourrait se traduire par "politiques partisanes". (2) La seconde hypothèse d'Alesina est que l'utilité des politiciens et des électeurs dépend de la distance entre la politique économique développée par le pouvoir et les politiques économiques préférées (au regard de l'idéologie, des discours...). Plus la distance entre la politique économique appliquée et la politique économique préférée est petite, plus l'utilité du parti est considérée comme grande par les électeurs. L'utilité est donc maximale lorsque la politique réalisée correspond parfaitement à la politique préférée.

Dans ce cadre, chaque électeur vote en fonction de son espérance de voir réaliser sa politique préférée. Après l'élection du Président, en fonction du positionnement politique de celui-ci et de la distribution des électeurs entre la gauche et la droite, il convient d'élire le pouvoir législatif. Aux Etats-Unis, l'équilibre entre les pouvoirs exécutif et législatif a une influence forte car c'est la répartition des deux pouvoirs qui détermine la politique économique mise en place. Les électeurs utilisent généralement cette interaction pour assurer un contrôle et une modération réciproque des pouvoirs. Dès lors, en pratique, cela conduit à mettre en œuvre une politique plus centriste quand les deux pouvoirs appartiennent à des partis différents. Ainsi, la cohabitation des pouvoirs ne correspond pas à un accident mais à l'expression collective d'une volonté rationnelle des électeurs. De plus, il y a la possibilité de pouvoir changer la majorité ou de la faire évoluer en cours de mandature aux Etats-Unis avec un vote de mi-mandat. Le changement de majorité qui peut en résulter peut alors entraîner une évolution du cycle politique. La politique économique sera alors différente selon que le Président ou le Congrès appartiennent à des partis différents. Au final, ce mode de fonctionnement pousse le Président à prôner une politique plus radicale car il sait qu'elle sera naturellement pondérée au nom de ce principe de modération des institutions politiques.

La modélisation de ces phénomènes s'effectue donc dans un cadre où l'équilibre prix-salaire est fixe et où toutes les décisions correspondent à des choix rationnels, que ce soit de la part des électeurs ou des politiciens, qui cherchent tous à maximiser leur utilité. Dans ce contexte, l'élection présidentielle correspond à des variables telles que le taux de croissance économique du pays, l'inflation et les chocs externes, c'est-à-dire qui proviennent de situations extérieures au pays. L'utilité prêtée aux partis politiques dépend de l'importance que chaque parti attache à la croissance économique et à l'inflation. Les conclusions empiriques, autrement dit sur l'observation des résultats, indiquent dans un premier temps que les partis chercheront à développer des politiques économiques différentes et conformes à leurs idéologies au nom du principe de "Partisan politics". Ensuite, que les électeurs choisissent délibérément une politique modérée dans un second temps au nom de l'équilibre des pouvoirs.

Enfin, il est intéressant d'ajouter à ces constats les études de Nordhaus et de Lindbeck qui démontrent que les partis politiques sont opportunistes et expliquent ainsi en partie les cycles économiques. En effet, dans leurs modèles, les partis s'adaptent aux attentes des électeurs quel que soit le niveau de pertinence de ces attentes, car leur seul but est d'être élu. Les électeurs sont réputés "naïfs" dans cette conception et oublient les leçons du passé car ils ont tendance à croire les solutions simples qui leurs sont présentées. Dès lors, les partis opportunistes adoptent un comportement de court terme en stimulant l'économie si le parti est au pouvoir, ou en promettant de le faire si le parti est dans l'opposition, dans la période précédant les élections. Le résultat de cette politique expansionniste est généralement de créer de l'inflation et/ou des déséquilibres économiques qui inciteront dans un second temps le gouvernement élu à mener une politique de contraction pour corriger ces déséquilibres.

Citation

Sylvain Fontan, “L'Economiste de la semaine : Alberto ALESINA”, décryptage publié sur «leconomiste.eu» le 01/07/2013.