"L'économie mondiale demeure une notion abstraite aussi longtemps que l'on ne possède pas un compte en banque" - Achille CHAVEE

"L’inflation est comme l’alcoolisme. Lorsqu’un homme se livre à une beuverie, le soir même cela lui fait du bien. Ce n’est que le lendemain qu’il se sent mal" - Milton FRIEDMAN

"Tout l’art du bon gouvernement consiste à plumer l’oie de façon à obtenir le maximum de plumes avec le minimum de cris" - Jean-Baptiste COLBERT

"Vous ne pouvez pas taxer les gens quand ils gagnent de l'argent, quand ils en dépensent, et quand ils épargnent" - Maurice ALLAIS

"Il serait un mauvais économiste celui qui ne serait qu’économiste" - Friedrich HAYEK

"La conquête du superflu donne une excitation spirituelle plus grande que la conquête du nécessaire. L’homme est une création du désir, et pas une création du besoin" - Gaston BACHELARD

"L’Europe se fera par la monnaie ou ne se fera pas" - Jacques RUEFF

"L’inflation est toujours un phénomène monétaire" - Milton FRIEDMAN

"Il y a deux manières de conquérir et d'asservir une nation, l'une est par les armes, l'autre par la dette." - John ADAMS

"J'ai déjà croisé le mensonge, le fieffé mensonge. Mais avec le ministère de l'économie, je découvre le stade ultime: la statistique" - Benjamin DISRAELI

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Slovénie : prochain pays de la zone euro à devoir être sauvé?

1 mai 2013

La Slovénie pourrait devenir le 6ème pays de la zone euro à devoir faire appel à une aide internationale après la Grèce, l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et récemment Chypre. Les inquiétudes concernant ce pays se précisent et se concentrent notamment sur son système bancaire qui fait courir un risque systémique à l'ensemble de l'économie nationale. La Slovénie pourrait avoir besoin d'un plan de sauvetage financier de l'ordre de 8 milliards d'euros, soit environ 25% de son PIB, pour recapitaliser les banques et renflouer les finances publiques.

 

Un système bancaire très concentré et fragile

La principale menace qui pèse sur la Slovénie est liée à un système bancaire essentiellement concentré sur trois banques qui détiennent l'essentiel des dépôts bancaires. L'Etat est également très impliqué dans un système bancaire qu'il possède à hauteur de 55%. L'implication de l'Etat dans le système bancaire est un héritage culturel de l'époque pendant laquelle ce pays faisait partie de la Yougoslavie. Le système économique est encore très administré et l'aspect politique est fortement imbriqué avec les milieux d'affaires. L'intégration de la zone euro en 2007 n'aura pas réussi a changé cela. Dès lors, une crise bancaire aurait très rapidement des effets en chaîne délétères de sorte que l'économie nationale et les finances publiques seraient profondément fragilisées.

Au cours des années 2000, les banques slovènes ont accordé beaucoup de crédits aux agents économiques privés (ménages et entreprises) sans que ceux-ci ne présentent nécessairement des garanties financières suffisamment solides. Ainsi, l'endettement privé a doublé entre 2001 et 2011, passant dès lors de 65% à 130% du PIB. L'augmentation de l'endettement privé augmente la sensibilité du système bancaire à l'activité économique. En effet, si  une partie significative des prêts accordés ne pouvaient pas être honorés, alors une crise bancaire se déclencherait.

La dégradation de l'environnement économique

Au-delà de la concentration du système bancaire et de la sensibilité de l'économie à ce secteur, c'est la dégradation de l'environnement économique et de ses effets sur le système bancaire qui inquiète les marchés et l'Europe. En effet, la crise globale a également touché le pays qui a connu un effondrement de son économie en 2008 et 2009, avec notamment une chute de la croissance du PIB de -8% en 2009. L'impact significatif de la crise sur ce pays tient notamment au fait que la Slovénie est très dépendante du commerce international qui s'est effondré à ce moment.

La Slovénie a perdu environ 10% de sa richesse nationale depuis le déclenchement de la crise. Le résultat pratique est une augmentation du chômage et la baisse de l'activité des entreprises. Ce faisant, il apparaît que les créances dites "douteuses" s'élèvent dorénavant à 20% du PIB. Une créance douteuse est un prêt bancaire dont la probabilité de ne pas être remboursée à la banque est élevée. Le risque d'une crise systémique (effets en chaine pouvant faire s'effondrer le système) semble pouvoir se concrétiser si ces créances douteuses devaient devenir des prêts non-performants (où le non-remboursement est avéré).

Des tensions sur les taux de refinancement

L'accumulation de ces craintes fait entrevoir la nécessité d'un refinancement du système bancaire et des finances publiques. Les marchés redoutent cette perspective et le taux auquel la Slovénie peut se financer sur les marchés est maintenant proche de 6%, sachant qu'un taux supérieur à 7% rend insoutenable une dette sans passer par une aide financière extérieure.

Tout l'enjeu pour la Slovénie c'est de conserver la confiance des marchés pour continuer à pouvoir emprunter à des taux soutenables. Le problème, c'est que la Slovénie a beaucoup de mal à faire émerger un consensus politique lui permettant de mettre en place des mesures économiques crédibles capables d'emporter la confiance des marchés. De plus, ces débats interviennent alors que le pays est secoué par des scandales politiques, ce qui ne facilite pas à calmer les débats.

Le résultat c'est que les trois grandes agences de notations ont tour à tour dégradé la notation du pays. La dernière dégradation en date est toute récente et concerne l'agence Moody's qui en dégradant le pays de deux crans place désormais le pays dans la catégorie d'emprunteur à risque, autrement dit en investissement spéculatif. Les tensions sur les taux d'intérêts risquent alors d'augmenter.

Toutefois, la situation de la Slovénie reste suffisamment différente de celle de Chypre pour que l'éventualité d'un plan de sauvetage ne soit pas totalement inévitable. En effet, contrairement à Chypre, la Slovénie n'est pas un centre financier off-shore (communément appelé "paradis fiscal") et la taille de son secteur bancaire reste relativement restreint car il représente 150% du PIB, contre 300% en moyenne dans la zone euro et 800% en Chypre.

Néanmoins, si le plan de sauvetage devait tout de même intervenir il serait moins douloureux en Slovénie qu'à Chypre. La raison tient au fait que le plan de sauvetage ne représenterait "que" 25% du PIB. Avec une dette publique qui s'élève actuellement à 53% du PIB, cela monterait la dette totale du pays à près de 80% quand la moyenne des pays de la zone euro est actuellement à 93%.

Citation

Sylvain Fontan, “Slovénie : prochain pays de la Zone Euro à devoir être sauvé?”, décryptage publié sur «leconomiste.eu» le 01/05/2013.