"Ce n’est pas l’employeur qui paie les salaires, c’est le client" - Henry FORD

"En général, on parvient aux affaires par ce qu'on a de médiocre, et on y reste par ce que l'on a de supérieur" - François-René de CHATEAUBRIAND

"Tous les hommes politiques appliquent sans le savoir les recommandations d’économistes souvent morts depuis longtemps et dont ils ignorent le nom " - John Maynard KEYNES

"Dans une crise, la seule chose prévisible, c’est l’incertitude qui suit " - Isabelle LUSCHEVICI

"Il est appréciable que le peuple de cette nation ne comprenne rien au système bancaire et monétaire. Car si tel était le cas, je pense que nous serions confrontés à une révolution avant demain matin. " - Henry FORD

"Lorsque circulent dans un pays deux monnaies dont l’une est considérée par le public comme bonne et l’autre mauvaise, la mauvaise chasse la bonne" - Sir Thomas GRESHAM

"La démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres" - Winston CHURCHILL

"Nous sommes des créatures qui nous affligeons des conséquences dont nous continuons à adorer les causes " - BOSSUET

"L'épargne et l'accumulation de biens de capitaux qui en résulte sont au début de chaque tentative d'améliorer les conditions matérielles de l'homme; c'est le fondement de la civilisation humaine" - Ludwig Von MISES

"Gold is money. Everything else is credit " - J.P. MORGAN

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Record de chômage en France en mars

26 avril 2013

La publication des chiffres du chômage de mars 2013 en France ne constitue pas un évènement en soi. En effet, le nombre de demandeurs d'emploi augmente depuis maintenant 23 mois consécutifs. L'intérêt de décrypter ces chiffres réside dans le fait que la France bat ainsi son "record" historique du nombre total de chômeurs.   

 

Des chiffres du chômage en hausse qui doivent être mis en perspective.

Le nombre de demandeurs d'emplois qui n'ont pas travaillé (chômage au sens restreint) au mois de mars 2013 s'élève à 3,224 millions en France métropolitaine, soit +1,2% de plus qu'en février (+37'000) et +11,5% sur un an (+340'000). Les populations les plus touchées par cette hausse sont les moins de 25 ans et les plus de 50 ans (+17% sur un an). La région la plus touchée et la Franche-Comté où le chômage a augmenté de presque 16% en un an.

Le record historique de janvier 1997 (3,195 millions de chômeurs) est battu. Toutefois, il faut relativiser ce chiffre car depuis cette époque la méthode de comptage a évolué et surtout la population active est passée de 25 millions à 28 millions. Dès lors, même si le nombre de demandeurs d'emploi est plus élevé, le fait que la population active en 2013 soit supérieure à celle de 1997 entraîne un taux de chômage moindre. En effet, la hausse de 3 millions de personnes dans la population active fait que le taux de chômage actuel est de 10,8% contre 11,3% en février 1997.

Au final, plus inquiétant que le nombre total de chômeurs, c'est le détail de ce chômage:

1) la durée moyenne du chômage est passée de 482 jours en février à 485 jours en mars;

2) le nombre de demandeurs d'emploi s'élève à 5,3 millions quand on intègre les outre-mer et les personnes ayant un peu travaillé durant le mois (chômage au sens élargi);

3) 2 millions de personnes sont au chômage depuis plus d'un an;

4) 524'000 personnes sont au chômage depuis plus de 3 ans;

5) Il y a 1000 chômeurs de plus par jour depuis un an.

L'analyse de l'évolution de la courbe du chômage indique trois phases distinctes. Tout d'abord, la France a connu une explosion du chômage à la fin 2008 et début 2009 du fait de l'éclatement de la crise globale. Puis, la hausse du chômage a réussi à être contenue jusqu'au début de 2012. Enfin, le chômage recommence a fortement augmenter depuis un an.

Malgré les déclarations politiques, l'inversion de la courbe du chômage est très improbable.

Le gouvernement français a déclaré : "tous les leviers de la politique de l'emploi (...) sont désormais opérationnels: emplois d'avenir, contrats de génération, sécurisation de l'emploi. Leur montée en puissance au cour de prochains mois est désormais l'enjeu majeur pour les acteurs de terrains". L'objectif ainsi répété est d'inverser la courbe du chômage en 2013.

Il est cependant raisonnablement permis de douter de l'efficacité de ces mesures pour atteindre cet objectif. En effet, les emplois d'avenir ne permettent pas une insertion durable dans l'activité et ils peinent à se concrétiser (seulement 15'000 contrats signés contre 100'000 attendus). Les contrats de génération ne pourront se développer que si l'activité redémarre et avec une croissance économique proche de 0% il est possible d'en douter. Enfin, les effets positifs potentiels de l'accord sur la sécurisation de l'emploi ne pourront intervenir qu'à partir de 2014 au mieux.

Etant donné les caractéristiques de l'économie française, les économistes s'accordent à dire que la France ne peut espérer créer plus d'emplois qu'elle n'en détruit (et ainsi diminuer le chômage), qu'à partir d'une croissance comprise entre 1,2% et 1,5%. Or, compte tenu de la situation économique globale et de la politique économique mise en place en France, les prévisions économiques anticipent une récession pour 2013 et une croissance proche de 1% en 2014 dans le meilleur des cas. Dans ces conditions, espérer une inversion de la courbe du chômage pour 2013 paraît illusoire.

La dégradation du chômage ne fait que débuter.

Il est important de comprendre qu'il existe en économie un décalage entre activité et emploi. Ainsi, il y a généralement une période de 6 à 9 mois avant que l'évolution de l'activité économique ne se traduise en termes d'emploi. Autrement dit, la récession économique que la France connait actuellement ne se traduira sur l'emploi qu'à partir de la fin 2013. Le chômage sera donc mécaniquement plus élevé fin 2013 qu'actuellement.

De plus, la situation économique est appelée à se dégrader encore. En effet, un environnement économique européen peu propice, couplé à une politique fiscale qui pèse négativement sur les agents économiques français (hausse généralisée de la pression fiscale, manque de lisibilité et de stabilité) va nécessairement continuer à dégrader la situation de l'activité économique car:

1) les entreprises vont reporter leurs décisions d'investissements et écouler leurs stocks plutôt que de produire;

2) la pression fiscale sur les entreprises va amener certaines d'entre elles à faire faillite et les autres à augmenter les plans de licenciements;

3) les entreprises qui veulent investir réaliseront ces investissements dans un environnement plus propice fiscalement, c'est-à-dire à l'étranger;

4) les ménages vont reporter leurs décisions d'achats et augmenter leur épargne.

Dès lors, la dégradation économique qui se profile en 2013 aura ses effets négatifs sur l'emploi en 2014. Dans ces conditions, annoncer une inversion de la courbe du chômage pour cette année paraît d'autant plus illusoire.

L'amélioration de l'emploi et la diminution du chômage sont fortement conditionnées.

Afin d'espérer une amélioration à court terme sur le front de l'emploi il faut au préalable que la situation économique s'améliore. Pour cela, et mis à part une amélioration de l'environnement européen et international, il faut tout d'abord diminuer la pression fiscale, même si des mesures structurelles sont parallèlement nécessaires pour améliorer l'emploi sur le long-terme.

A court-terme, la diminution de la pression fiscale pose un problème économique dont la résolution pose un dilemme politique. Economiquement, la diminution de la pression fiscale permettrait aux entreprises de pouvoir dégager des marges plus importantes pour investir et embaucher, et aux ménages de pouvoir consommer. Toutefois, afin de conserver la trajectoire de réduction des déficits publics, cette diminution de la fiscalité devra nécessairement être compensée par la réduction des dépenses publiques. A ce niveau, le problème devient politique. En effet, la mise en place de cette politique irait à l'encontre des propos tenus jusque-là par le pouvoir en place. Elle irait à l'encontre de la sociologie électorale qui l'a amené au pouvoir et chez qui ce discours serait largement inaudible, hypothéquant ainsi fortement les chances d'une réélection.

Citation

Sylvain Fontan, “Records de chômage en France en mars”, décryptage publié sur «leconomiste.eu» le 26/04/2013.