"Il ne peut y avoir de crise la semaine prochaine, mon agenda est déjà plein " - Henry KISSINGER

"Pour être valable toute théorie, quelle qu'elle soit, doit être confirmée, tant dans ses hypothèses que dans ses conséquences, par les données de l'observation" - Maurice ALLAIS

"Ce n’est pas l’employeur qui paie les salaires, c’est le client" - Henry FORD

"Une idée fausse mais claire et précise aura toujours plus de puissance dans le monde qu'une idée vraie mais complexe" - Alexis De TOCQUEVILLE

"L’économie se venge toujours" - Raymond BARRE

"Prenons le cas de Singapour. […] On dirait un miracle économique. Mais le miracle est moins celui de l’inspiration que celui de la transpiration" - Paul KRUGMAN

"On taxe les riches car ils sont riches et on taxe les pauvres car ils sont nombreux " - blague de fiscaliste

"L'épargne et l'accumulation de biens de capitaux qui en résulte sont au début de chaque tentative d'améliorer les conditions matérielles de l'homme; c'est le fondement de la civilisation humaine" - Ludwig Von MISES

"Tout l’art du bon gouvernement consiste à plumer l’oie de façon à obtenir le maximum de plumes avec le minimum de cris" - Jean-Baptiste COLBERT

"La récession c'est quand votre voisin perd son emploi; la dépression c'est quand vous perdez le vôtre" - Harry S. TRUMAN

Citation Suivante

Polémique concernant une étude économique célèbre

25 avril 2013

Depuis deux semaines, le microcosme des économistes est en ébullition suite à la remise en cause d'une étude économique publiée en 2010. L'étude en question provient de deux économistes de renom (Kenneth ROGOFF et Carmen REINHART, ci-dessous en image) professeurs à la prestigieuse université américaine de Harvard. L'étude défend l'idée que si la dette publique d'un pays dépasse le seuil de 90% du PIB, la croissance de ce pays est fortement affectée. Toutefois, des chercheurs d'une autre prestigieuse université américaine (le Massachusetts Institute of Technology - MIT) ont remis en cause ces résultats. Le débat pourrait être anecdotique si les politiques économiques, notamment en Europe, n'étaient pas directement concernés.

 

L'étude de Reinhart et Rogoff a légitimé les politiques économiques menées en Europe.

La crise des dettes souveraines et la crise de l'Euro ont amené la plupart des pays européens à mettre en place des politiques plus ou moins rigoureuses en termes de finances publiques. L'idée générale est que le niveau d'endettement des Etats est devenu trop élevé suite à plusieurs décennies de laxisme budgétaire, auquel s'est ajouté l'impact de la crise globale sur les déficits publics annuels. Le niveau d'endettement ainsi atteint fait craindre aux créanciers des Etats que ces derniers ne les remboursent pas. Le résultat est que les taux d'intérêts qui sont demandés augmentent de sorte qu'ils peuvent devenir prohibitifs. La solution imposée par cette situation est une désintoxication des Etats à la dette publique et donc une diminution des déficits.

Toutefois, aucune étude formelle n'a jamais amené la preuve qu'une dette trop élevée était risquée pour le devenir d'un Etat et d'une économie. L'exemple caricatural est celui du Japon qui vit avec un ratio de dette sur PIB de près de 240%. Cependant, ce cas demeure très spécifique du fait de la nature des créanciers, des caractéristiques de la dette et du pays.

Par conséquent, cette étude était la première à mettre en avant un lien de causalité entre la dette et la croissance où une dette excessive supérieure à 90% de la richesse nationale pénalisait la croissance. Les milieux académiques et politiques ont utilisé cette étude pour supporter leur analyse de la crise et ainsi légitimer les solutions préconisées. Notons cependant que cette étude n'est en aucune manière la raison qui a entraîné la mise en place des politiques dites de rigueurs ou d'austérité au sein de la zone euro, et plus largement au sein de l'Union Européenne. L'étude intervient à postériori de la mise en place de ces politiques et sert d'outil plus que de moteur.

Une étude rendue caduque à cause d'une erreur de formulation dans le logiciel Excel.

Sans rentrer dans le détail des deux études il convient de souligner que les critiques principales portent d'une part sur des éléments méthodologiques de construction de l'étude initiale, et d'autre part, sur des erreurs statistiques. Autant les critiques sur la méthodologie sont discutables (nous ne reviendrons donc pas dessus), autant les critiques sur les erreurs statistiques sont irréfutables.

Les erreurs statistiques tiennent en réalité à une erreur de tableur Excel sur informatique. En effet, aussi incroyable et improbable que cela puisse paraître c'est bien une erreur de formulation Excel qui est à l'origine des résultats de l'étude des deux économistes. Les erreurs peuvent arriver mais force est de constater que certaines ont des implications plus importantes que d'autres. La renommée des économistes a fait que cette erreur n'a pas été identifiée plus tôt.

Les défenseurs (notamment politiciens et économistes) d'un relâchement de la politique de rigueur budgétaire au niveau européen voient dans la remise en cause de cette étude la légitimation de leur position. Ils demandent, si ce n'est un abandon, au moins une inflexion des politiques menées dans leurs pays respectifs. La révélation de cette erreur intervient dans une période où les politiques d'austérité sont de plus en plus remises en cause pour leurs effets que certains jugent néfastes.

La remise en cause d'une étude ne saurait être une raison suffisante à l'arrêt de la rigueur.

Il convient de relativiser la portée de cette polémique. Tout d'abord, notons que le raisonnement consistant à dire que les politiques d'austérités doivent cesser car une étude est erronée est tout aussi faux que le raisonnement qui consistait à dire que si l'étude est juste, les politiques d'austérité doivent être développées. La réfutation d'un argument ne signifie pas que la totalité du raisonnement est faux par ailleurs.

Ensuite, rappelons que l'étude incriminée n'a jamais eu l'importance que ses détracteurs voudraient lui donner. En effet, les milieux académiques n'ont jamais cru qu'il existait un chiffre magique à partir duquel la dette devenait néfaste pour l'économie. Le seuil reflétait une moyenne, autrement dit même si les erreurs statistiques n'avaient pas existé il n'en demeurerait pas moins que le seuil de 90% devait refléter un horizon général plus qu'un seuil rigide au-delà duquel la gestion de la dette deviendrait incontrôlable. De plus comme le prouve le cas japonais, c'est aussi la composition de la dette qui importe. Egalement, ce critère du seuil doit être mis en parallèle avec le niveau des taux d'intérêts demandés par les marchés pour financer les Etats. Au final, c'est un ensemble de critère qui importe, plus qu'un seuil nominal.

Enfin, même si des critiques à l'encontre des politiques d'austérités peuvent être recevables, ce n'est pas sur leur existence mais sur leur pilotage et la coordination entre les pays. Le manque de coordination de ces politiques entre les Etats peut générer un manque de cohérence, et leur quasi généralisation (même si les ampleurs sont différentes) peut entraîner une contraction globale de l'activité. Concernant le pilotage c'est la forme donnée à l'austérité qui peut être discutée; autrement dit, le dosage entre baisse des dépenses publiques et augmentation de la pression fiscale, ainsi que le rythme d'amélioration des finances publiques.  

Citation

Sylvain Fontan, “Polémique concernant une étude économique célèbre”, décryptage publié sur «leconomiste.eu» le 25/04/2013.