"Le socialisme est une philosophie de l'échec, le crédo de l'ignorance et l'évangile de l'envie " - Winston CHURCHILL

"La conquête du superflu donne une excitation spirituelle plus grande que la conquête du nécessaire. L’homme est une création du désir, et pas une création du besoin" - Gaston BACHELARD

"L'argent public n'existe pas, il n'y a que l'argent des contribuables" - Margaret THATCHER

"Gold is money. Everything else is credit " - J.P. MORGAN

"Sous le capitalisme, les gens ont davantage de voitures. Sous le socialisme, les gens ont davantage de parkings " - Winston CHURCHILL

"La propriété est un droit antérieur à la loi, puisque la loi n'aurait pour objet que de garantir la propriété" - Frédéric BASTIAT

"L’inflation est toujours un phénomène monétaire" - Milton FRIEDMAN

"La protection douanière est notre voie, le libre-échange est notre but " - Friedrich LIST

"L'inégalité est le résultat de la compétition entre technologies et éducation" - Jan TINBERGEN

"L'épargne et l'accumulation de biens de capitaux qui en résulte sont au début de chaque tentative d'améliorer les conditions matérielles de l'homme; c'est le fondement de la civilisation humaine" - Ludwig Von MISES

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La mafia Daech

14 novembre 2019

Après une enquête de plusieurs années sur Daech, Clément Fayol et Benoît Faucon livrent un reportage sur les réseaux mafieux de cette organisation. C’est un vrai travail de journalisme d’investigation qui est réalisé dans cet ouvrage, Un cartel nommé Daech (2017). C’est-à-dire une enquête fondée sur des échanges et des rencontres avec des membres de l’organisation, sur des sources recoupées et vérifiées et sur des propos qui ne sont écrits que lorsqu’ils ont été vérifiés. Ce que montre l’ouvrage, c’est que Daech n’est pas uniquement un réseau terroriste, mais aussi un réseau mafieux, avec de nombreuses connexions dans le monde arabe et musulman. L’organisation fait beaucoup d’argent, ce qui lui permet de tenir et ce qui justifie aussi son maintien. Par Jean-Baptiste Noé.

 

Toute proportion gardée, cela rappelle l’évolution des Farc en Colombie. C’était à l’origine une organisation terroriste de lutte marxiste, qui vendait de la drogue afin de se financer et de disposer des moyens financiers adéquats pour se fournir en armes. Puis, le temps venant, la lutte politique a été abandonnée au profit de l’activité mafieuse, plus lucrative. Si le discours politique est resté, c’était pour justifier l’existence de l’organisation, pour se donner une légitimité morale et pour attirer des hommes dans ses rangs. Mais de la criminalité politique les Farc avaient bien dérivé vers la criminalité mafieuse. Daech semble suivre la même pente : vente illicite de pétrole et d’armes, présence dans le trafic de migrants, comptes bancaires off-shore, l’organisation mute de plus en plus vers le réseau mafieux classique. Ce qui ne l’empêche pas de cohabiter avec une idéologie politique et religieuse.

Si l’État islamique a perdu l’essentiel de ses territoires, il demeure comme une organisation mafieuse ayant des liens avec des éléments du régime syrien, notamment pour la vente du pétrole. À partir de fin 2016, la pression sur la Turquie a été assez forte pour dénoncer les trafics de pétrole qui passaient par ce pays. La Turquie a vendu à Daech de nombreux fertilisants, utilisés pour fabriquer des explosifs. À la suite de la pression internationale, la Turquie a cessé ses approvisionnements en fertilisants, se privant du même coup du pétrole de l’EI. Daech a alors conclu un pacte avec le régime syrien pour lui donner du pétrole en échange de fertilisants afin de pouvoir construire ses bombes. Daech a ainsi laissé passer des voitures officielles syriennes pour assurer le trafic pétrole vs fertilisants. Alors que beaucoup voit Daech comme quelque chose d’irrationnel, l’enquête des auteurs démontre au contraire que l’État islamique est très rationnel et qu’il s’organise pour assurer leurs trafics.

Daech a des liens dans l’armée syrienne et irakienne, souvent avec des hommes qui viennent des mêmes villages ou des mêmes tribus que les membres de l’État islamique. Ces liens ethniques et familiaux prédominent sur les fractures idéologiques. Dès les années 2010, le parti Baas est au courant des faits et gestes d’Al Qaeda dans la région et notamment de la venue de plusieurs de ses membres en Syrie et à Damas. Mais le régime n’empêche pas ses venues et les laisse faire. Ils ont laissé grandir le terrorisme pour ensuite avoir un levier de négociation avec les pays occidentaux pour justifier de son existence. Laisser croitre le terrorisme était une façon de donner un rôle international au régime de Damas. De même, le régime a libéré plusieurs terroristes des prisons afin de leur permettre de rejoindre les groupes islamistes.

L’Iran a aussi abrité des membres d’Al Qaeda afin de justifier son rôle auprès des Occidentaux. Idem pour l’Arabie Saoudite, dont plusieurs ressortissants ont organisé des trafics vers la Turquie et la Syrie. Les Kurdes ont également vendu des armes à Daech, armes qui viennent des États-Unis. Reste à savoir si cela c’est fait malgré les États-Unis, ou avec leur accord, comme la CIA ayant financé Al Qaeda durant un temps. Daech n’est donc pas sorti de nulle part. L’organisation est le fruit de multiples connexions et de liens familiaux et ethniques. Plusieurs pays ont eu, à un moment ou à un autre, intérêt à Daech, ce qui explique sa montée soudaine. L’organisation a investi dans l’immobilier en Arabie Saoudite afin de réinvestir son cash et de solidifier sa situation financière. On retrouve des hommes de l’organisation dans le trafic d’œuvres d’art, notamment des objets volés dans les sites archéologiques contrôlés par l’État islamique.

 

Se rendre en guerre

Les auteurs ont interrogé plusieurs ressortissants français qui sont partis faire la guerre au Levant dans les rangs de l’État islamique. Il y a deux catégories de combattants de l’EI : les locaux (Irakiens et Syriens) et les étrangers, qui sont fanatisés et qui viennent pour de vraies raisons idéologiques, contrairement aux locaux qui sont là parfois malgré eux. Les locaux se sont souvent mis au service d’une organisation qui était présente chez eux et qui les payait pour combattre, souvent plus cher que les armées nationales.

Les étrangers qui partent en Irak transitent par la Turquie, mais sans utiliser réellement de réseaux. Ils se rendent en Turquie et essayent ensuite de voir comment passer dans l’État islamique, souvent en passant par le Kurdisant. Il y a également des voies de passage qui se font dans l’autre sens : de l’Irak vers l’Europe. Plusieurs combattants de Daech sont passés en Europe par les voies migratoires. En 2017, l’organisation a envoyé plusieurs centaines de ces personnes en Europe pour créer des cellules dormantes afin de pouvoir les activer lors d’attentats. Les auteurs ont ainsi mis la main sur des listes de passeports émis en 2017 pour des personnes qui sont venues en Europe et qui sont aujourd’hui surveillées par les services de renseignement. Cela montre que Daech a préparé sa perte de territoire et a anticipé sa réorganisation pour muter et poursuivre son combat autrement.

Comme toute organisation mafieuse, Daech fonctionne de façon pyramidale. Les chefs qui sont à sa tête planifient les actions terroristes, en relation avec des hommes de la base.

 

Quid de l’islamisme ?

Si Dach est une organisation mafieuse, se pose alors la question de son idéologie et de la place de l’islamisme dans son fonctionnement. Les auteurs ont trouvé des témoignages de plusieurs personnes dégoutées par la rapine et la corruption de certains de ses membres, déçues qu’il n’y ait pas plus d’organisation idéologique et que l’islamisme ne soit pas davantage porté. Des combattants ont ainsi pu quitter l’EI pour aller vers Al Qaeda, qu’ils trouvaient plus pur au niveau idéologique.

 

Des incultes et des barbares ?

Cette organisation est portée par des gens intelligents qui maîtrisent les codes culturels occidentaux, les réseaux sociaux et les nouvelles technologies. Daech a construit des drones et des voitures téléguidées pour faire des attentats ainsi que des gaz chimiques de haute technicité. L’image de barbares sanguinaires associée à l’EI est fausse. L’organisation compte de nombreux cadres intelligents, des personnes parfois formées dans les écoles françaises et européennes et de haut niveau intellectuel. Ce ne sont pas des incultes sanguinaires. Ils ont su se rendre désirables et devenir le drapeau de la contestation contre l’Occident et ainsi attirer des personnes du monde entier. Ils savent jouer de la propagande et attirer à eux des personnes nombreuses. Cela confirme l’inanité de la théorie du choc des incultures ainsi que le discours culpabilisateur à l’égard des pays occidentaux. Les combattants de l’État islamique ne sont pas uniquement des jeunes paumés en quête d’horizon. Si ceux qui commettent les attentats ou égorgent des prisonniers peuvent être des gens très simples, les cadres sont tout à fait au fait des réalités mondiales. Ce sont des personnes qui savent ce qu’elles font, qui prennent plaisir à mener une vie d’aventures et d’expériences violentes et en tout cas une vie plus grande et plus grisante que le fait de vivre un halo quotidien dans une banlieue française. La perspective de gagner de l’argent facilement, de se dépasser dans la vie ordinaire, d’avoir des aventures à raconter, de combattre un état social européen détesté attire bien des personnes, qui parlent de façon rationnelle et posée de leur engagement. Les auteurs relatent plusieurs échanges en direct ou via des applications informatiques qui confirment cela.

La criminalité est l’élément dominant de Daech, doublé d’un vernis idéologique qui lui donne une dimension eschatologique et transcendantale plus grande. À cela s’ajoutent les intérêts de puissances extérieures qui manipulent l’organisation ou la laissent faire afin d’avancer leur propre agenda. Finalement, on retrouve ici les motivations des Bédouins lors de l’expansion des Arabes dans la péninsule arabique et le monde méditerranéen : la soif de territoires, de richesses et de gloire. Des motivations très humaines en somme pour des gens que l’on pense à tort barbares et retranchés de l’humanité.