"La confiance est une institution invisible qui régit le développement économique" - Kenneth ARROW

"C'est uniquement parce que nous sommes libres dans le choix de nos moyens que nous sommes aussi libres dans le choix de nos fins. La liberté économique est par conséquent une condition indispensable de toute autre liberté" - Friedrich HAYEK

"La communication d’entreprise est une rare petite période heureuse entre deux communications de crise " - Thierry ORSONI

"La seule cause de la dépression est la prospérité" - Clément JUGLAR

"L'épargne et l'accumulation de biens de capitaux qui en résulte sont au début de chaque tentative d'améliorer les conditions matérielles de l'homme; c'est le fondement de la civilisation humaine" - Ludwig Von MISES

"Prenons le cas de Singapour. […] On dirait un miracle économique. Mais le miracle est moins celui de l’inspiration que celui de la transpiration" - Paul KRUGMAN

"Casser l’inflation se fait toujours au détriment de l’emploi" - Nicholas KALDOR

"Les gouvernements ont une vision très sommaire de l’économie. Si ça bouge, ajoute des taxes. Si ça bouge toujours, impose des lois. Si ça s’arrête de bouger, donne des subventions" - Ronald REAGAN

"La France est un pays extrêmement fertile : on y plante des fonctionnaires et il y pousse des impôts " - Georges CLEMENCEAU

"Mes clients sont libres de choisir la couleur de leur voiture à condition qu’ils la veuillent noire" - Henry FORD

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Le prix de la seconde

20 novembre 2018

L’économiste Paul Samuelson avait réfléchi à la perversité de la rémunération de la possession d’une information peu de temps en avance. Il avait imaginé la situation d’une personne capable d’obtenir les données cruciales une seconde avant tous les autres. Si la valeur sociale de ce léger avantage est quasi nulle, le bénéfice privé peut en revanche être très important. Un demi-siècle plus tard, le trading haute fréquence (HFT) illustre cette expérience de pensée. Par Romain Treffel.

Prix de la seconde

 Fin mai 2013, par exemple, l’agence de presse canadienne Thomson Reuters a conclu un contrat d’un million de dollars avec l’université du Michigan pour recevoir son étude de confiance économique cinq minutes avant le reste du monde. L’agence fournit en effet un service intitulé « latence ultrabasse », facturé 2000 dollars par mois, qui permet à ses clients privilégiés d’obtenir certains indices cruciaux deux secondes avant sa sortie publique ! Or, deux secondes constituent une éternité pour le HFT, dont les ordres passent en largement moins d’un millième de seconde. Ainsi, deux mouvements spéculatifs (tout à fait légaux) sont survenus respectivement 0,25 seconde et 0,03 seconde avant la publication de l’indice de l’université !

Le développement du HFT déplace l’enjeu de l’investissement boursier. Cet enjeu est désormais technologique, car le succès dépend de la puissance du matériel informatique, des logiciels, et encore plus simplement, tant les durées en question sont infimes, de la distance entre l’émetteur de l’ordre et le récepteur – les câbles du réseau doivent être les plus courts possibles, les ordinateurs sont même parfois collés aux serveurs des opérateurs boursiers ! Les entreprises du secteur, composées de mathématiciens, de physiciens, d’ingénieurs et d’informaticiens, engrangent des fortunes en écrémant des montants infimes – comme l’avait imaginé Samuelson – au détriment d’acteurs qui n’ont pas leur capacité technologique. Tels des vautours qui surveillent leurs proies avant de plonger sur elles à l’instant idoine, ils n’exécutent qu’une minorité d’ordres, après avoir ferré des opérateurs moins retors. On comprend donc bien en quoi cette évolution est néfaste : elle rompt l’égalité formelle entre acheteurs et vendeurs que permet l’institution d’une bourse.