"Mes clients sont libres de choisir la couleur de leur voiture à condition qu’ils la veuillent noire" - Henry FORD

"Les crises de demain sont souvent le refus des questions d’aujourd’hui " - Patrick LAGADEC

"Détruire la concurrence, c’est tuer l’intelligence" - Frédéric BASTIAT

"Il est appréciable que le peuple de cette nation ne comprenne rien au système bancaire et monétaire. Car si tel était le cas, je pense que nous serions confrontés à une révolution avant demain matin. " - Henry FORD

"J'ai déjà croisé le mensonge, le fieffé mensonge. Mais avec le ministère de l'économie, je découvre le stade ultime: la statistique" - Benjamin DISRAELI

"La récession c'est quand votre voisin perd son emploi; la dépression c'est quand vous perdez le vôtre" - Harry S. TRUMAN

"Chaque génération se doit de payer ses propres dettes. Respecter ce principe éviterait bien des guerres à l'humanité" - Thomas JEFFERSON

"La confiance est une institution invisible qui régit le développement économique" - Kenneth ARROW

"Vous et moi venons par route ou par rail, mais les économistes voyagent en infrastructures " - Margareth THATCHER

"Vous ne pouvez pas taxer les gens quand ils gagnent de l'argent, quand ils en dépensent, et quand ils épargnent" - Maurice ALLAIS

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Le prix de la seconde

20 novembre 2018

L’économiste Paul Samuelson avait réfléchi à la perversité de la rémunération de la possession d’une information peu de temps en avance. Il avait imaginé la situation d’une personne capable d’obtenir les données cruciales une seconde avant tous les autres. Si la valeur sociale de ce léger avantage est quasi nulle, le bénéfice privé peut en revanche être très important. Un demi-siècle plus tard, le trading haute fréquence (HFT) illustre cette expérience de pensée. Par Romain Treffel.

Prix de la seconde

 Fin mai 2013, par exemple, l’agence de presse canadienne Thomson Reuters a conclu un contrat d’un million de dollars avec l’université du Michigan pour recevoir son étude de confiance économique cinq minutes avant le reste du monde. L’agence fournit en effet un service intitulé « latence ultrabasse », facturé 2000 dollars par mois, qui permet à ses clients privilégiés d’obtenir certains indices cruciaux deux secondes avant sa sortie publique ! Or, deux secondes constituent une éternité pour le HFT, dont les ordres passent en largement moins d’un millième de seconde. Ainsi, deux mouvements spéculatifs (tout à fait légaux) sont survenus respectivement 0,25 seconde et 0,03 seconde avant la publication de l’indice de l’université !

Le développement du HFT déplace l’enjeu de l’investissement boursier. Cet enjeu est désormais technologique, car le succès dépend de la puissance du matériel informatique, des logiciels, et encore plus simplement, tant les durées en question sont infimes, de la distance entre l’émetteur de l’ordre et le récepteur – les câbles du réseau doivent être les plus courts possibles, les ordinateurs sont même parfois collés aux serveurs des opérateurs boursiers ! Les entreprises du secteur, composées de mathématiciens, de physiciens, d’ingénieurs et d’informaticiens, engrangent des fortunes en écrémant des montants infimes – comme l’avait imaginé Samuelson – au détriment d’acteurs qui n’ont pas leur capacité technologique. Tels des vautours qui surveillent leurs proies avant de plonger sur elles à l’instant idoine, ils n’exécutent qu’une minorité d’ordres, après avoir ferré des opérateurs moins retors. On comprend donc bien en quoi cette évolution est néfaste : elle rompt l’égalité formelle entre acheteurs et vendeurs que permet l’institution d’une bourse.