"Si vous m'avez compris c'est que je me suis mal exprimé" - Alan GREENSPAN

"Lorsque circulent dans un pays deux monnaies dont l’une est considérée par le public comme bonne et l’autre mauvaise, la mauvaise chasse la bonne" - Sir Thomas GRESHAM

"La propriété est un droit antérieur à la loi, puisque la loi n'aurait pour objet que de garantir la propriété" - Frédéric BASTIAT

"On n’est jamais mieux gouverné que lorsqu’il n’y a pas de gouvernement" - Jean-Baptiste SAY

"Le budget est le squelette de l'État débarrassé de toute idéologie trompeuse" - Joseph SCHUMPETER

"Une démocratie peut se rétablir rapidement d'un désastre matériel ou économique, mais quand ses convictions morales faiblissent, il devient facile pour les démagogues et les charlatans de prêcher. Alors tyrannie et oppression passent à l'ordre du jour" - James William FULLBRIGH

"Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées." - Winston CHURCHILL

"On ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment " - Cardinal de REITZ

"Quand vous êtes capable, feignez l'incapacité. Quand vous êtes proche, feignez l'éloignement. Quand vous êtes loin feignez la proximité" - Sun TZU

"Pour être valable toute théorie, quelle qu'elle soit, doit être confirmée, tant dans ses hypothèses que dans ses conséquences, par les données de l'observation" - Maurice ALLAIS

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Film "Braddock - America"

13 mars 2014

Mercredi 12 Mars 2014 est sorti en salle le film documentaire intitulé "Braddock". Le film aborde le sort d'une ville du Nord-est des Etats-Unis appelée Braddock suite à sa désindustrialisation. En effet, cette ville était un bastion historique de la sidérurgie américaine d'où elle tirait sa prospérité, avant de progressivement péricliter et d'être aujourd'hui emblématique d'un monde qui meurt et qui n'a pour partie pas anticipé la nécessité de se renouveler.

N'ayant pas la prétention d'être un expert de la chose cinématographique, à fortiori lorsqu'il s'agit d'un film documentaire, l'analyse suivante n'émettra pas d'avis sur cet aspect précis. Néanmoins, à titre professionnel, L'Economiste est tenté de souligner certains points et réflexions qui émergent lors du visionnage de ce film. 

Film Braddock _ www.leconomiste.eu

 Tout d'abord, ce film est à relier à des sujets peu ou prou connexes déjà abordés sur ce site. En effet, plusieurs analyses ou bulletins économiques permettent de mieux appréhender le film, à savoir : en premier lieu la faillite et la désindustrialisation de la ville Détroit, puis la réalité du processus de réindustrialisation aux Etats-Unis, ensuite le changement de monde en cours révélé avec acuité par la crise globale, et enfin une réflexion sur la désindustrialisation de la France.

Ensuite, voici plusieurs éléments et réflexions qui émergent dans l'esprit de l'économiste qui visionne ce film :

  • La forme du film (images d'archives, interviews et échanges à bâtons rompus entre habitants, évocations de souvenirs, scènes de la vie quotidienne...) permet d'illustrer crûment et presque sans filtre les impacts pratiques et tangibles pour les populations qui vivent une transformation profonde d'un environnement économique, social et sociétal qu'ils avaient toujours pensé comme immuable et imperturbable. Alors que sur le plan de l'analyse économique pure, cette évolution est parfaitement normale, explicable et justifiable, il est frappant de voir combien le manque de préparation des populations par absence de pédagogie en amont et en aval rend cette transformation totalement incompréhensible et injuste pour la population. La situation est tellement empreinte de passion, que tout argument explicatif raisonné devient alors inintelligible.
  • Le deuxième aspect à souligner est la critique, non formalisée mais en filigrane, faite à l'encontre du capitalisme. En effet, alors que c'est justement le système capitaliste qui a fait la richesse de cette ville, de sa région environnante et des populations gravitant autour, c'est ce même capitalisme qui est accusé d'être à l'origine des malheurs de cette région. Si cela est en partie vrai (le capitalisme est fondamentalement cyclique), il est là aussi frappant de constater le manque de recul des populations sur cet aspect ; même si cela est parfaitement compréhensible étant donné le contexte passionné qui ôte souvent toute capacité de réflexion sereine, le manque de pédagogie et de compréhension des mécanismes économiques sont hélas patents.
  • Le film se borne presque uniquement à décrire une situation présente plus qu'à analyser et identifier les mécanismes sous-jacents qui ont amené à cette situation ; ce qui en soi est un parti pris tout à fait acceptable car l'ambition affichée par ce film est davantage celle de montrer les choses plus que de les expliquer. L'avantage de ce choix est qu'il permet d'illustrer avec acuité ce qui a très largement fait la puissance des Etats-Unis au cours du siècle précédent, la Manufacturing Belt (avec une forme d'idéalisation mais sans feindre d'ignorer la dureté avec laquelle cette puissance s'est forgée), pour en "contempler" par effet d'opposition son déclin.
  • Il convient également de souligner la force des images d'archives qui permettent d'illustrer certains propos mais aussi et surtout de montrer l'intensité des aspects pratiques de l'activité des aciéries d'antan aux Etats-Unis.

Enfin, au-delà de l'aspect humain sur lequel le film se focalise, un élément d'économie politique majeur ressort en filigrane. Le film fait ressortir une ville et une ambiance parfois sinistre du fait même du sujet abordé et de la manière dont ce dernier est traité. Néanmoins, plus sinistre encore, est probablement ce qui émerge lorsqu'un spectre temporel, géographique, analytique et thématique plus large est utilisé. En effet, le film illustre parfaitement bien une constante des mutations industrielles non anticipées que connaissent plusieurs pays occidentaux. Par manque de vision ou par manque de courage politique et de discours de vérité quant aux implications inéluctables des évolutions économiques contemporaines, les premières victimes de cette erreur originelle se trouvent justement être celles dont les dirigeants politiques voulaient initialement et officiellement préserver des évolutions économiques néfastes en repoussant autant que possible les échéances. In fine, la situation de la ville de Braddock est une allégorie de ce qui attend les pays occidentaux industrialisés qui ne voient pas, ou ne veulent pas voir, le basculement du monde à l'œuvre. Elle met en exergue une préférence forte au court terme pour des raisons de confort immédiat, une incapacité à adopter une vision stratégique de long terme souvent plus exigeante, et une propension élevée à considérer la puissance et le niveau de vie acquis comme des "biens" immuables pour lesquels il est inutile de se remettre en question pour tenter de le conserver. C'est oublier qu'à l'échelle de l'Histoire le siècle passé est une anomalie, et que selon la théorie des cycles hégémoniques, le coût du maintien de cette puissance engendre quasi inéluctablement son déclin relatif. Il devient par conséquent nécessaire et impératif de préparer en amont cette transition.

Pour aller plus loin

Sylvain Fontan, « La ré-industrialisation des Etats-Unis», bulletin économique publiée sur «leconomiste.eu» le 11/11/2013.

Sylvain Fontan, “La faillite de la ville de Détroit aux Etats-Unis : triomphe et déclin”, décryptage publié sur «leconomiste.eu» le 30/07/2013.

Sylvain Fontan, “ Réflexion sur la désindustrialisation de la France ”, analyse publiée sur «leconomiste.eu» le 3/12/2013.

Sylvain Fontan, « La crise globale (2007 - ?)», bulletin économique publiée sur «leconomiste.eu» le 26/04/2013.

Citation

Sylvain Fontan, « Film "Braddock - America" », analyse publiée sur «leconomiste.eu» le 13/03/2014.