"La grande industrie exige sans cesse une armée de réserve d’ouvriers sans emploi" - Karl MARX

"Le problème avec la réduction des impôts sur le revenu c’est que ça stimule suffisamment l’économie pour que tout le monde rentre dans la tranche supérieure" - Harold COFFIN

"La vérité n’est pas l’exactitude " - Octave MIRABEAU

"En politique le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal" - Nicolas MACHIAVEL

"Le bon stratège contraint l'ennemi et ne se laisse pas contraindre" - Sun TZU

"C'est en poussant à bout le mouvement économique que le prolétariat s'affranchira et deviendra l'humanité" - Jean JAURES

"Un Economiste peut commettre deux erreurs, la première consiste à ne pas calculer et la seconde à croire en ce qu’il a calculé" - Michal KALECKI

"Les hommes n'étant pas dotés des mêmes capacités, s'ils sont libres, ils ne sont pas égaux, et s'ils sont égaux, c'est qu'ils ne sont pas libres" - Alexandre SOLJENITSYNE

"La première panacée pour une nation mal dirigée est l’inflation monétaire, la seconde est la guerre. Les deux apportent prospérité temporaire et destruction indélébile. Les deux sont le refuge des opportunistes économiques et politiques" - Ernest HEMINGWAY

"La France est un pays extrêmement fertile : on y plante des fonctionnaires et il y pousse des impôts " - Georges CLEMENCEAU

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Ralentissement économique des pays émergents

19 juillet 2013

Après une décennie de forte croissance économique dans les pays émergents durant les années 2000, la plupart font face à une période compliquée sur le plan économique. Le ralentissement observé dans ces pays tient pour partie aux problèmes rencontrés dans les pays développés. Toutefois, ces difficultés ne sont probablement pas conjoncturelles mais plus profondes, et soulignent en cela des difficultés spécifiques qui marquent en réalité la difficulté pour ces pays, à passer d'une phase de décollage et d'expansion économique, à une phase de maturité. Dès lors, après avoir longtemps parlé de "miracle" des émergents, certains commencent à parler de "mirage" des émergents.

Evolution de la croissance annuelle moyenne des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine)

 

Points communs aux pays émergents

Le terme "pays émergents" renvoie en substance à des pays qui étaient autrefois considérés comme "sous-développés" selon les critères de la croissance économique et du niveau de vie des populations, et qui ont ensuite enclenché un processus de rattrapage économique se traduisant par une augmentation des richesses et une transformations des structures économiques et sociales. Dans les faits, et partant de cette définition, les pays émergents forment une entité hétéroclite dans laquelle se trouvent des pays très différents tels que la Chine, la Pologne, la Turquie ou encore le Mexique. Dès lors, il apparaît que l'expression "pays émergents" est une facilité de langage qui recouvre en réalité des situations très différentes.

Toutefois, plusieurs caractéristiques communes relient l'ensemble de ces pays. En effet, tous ou presque, ont connu une croissance économique soutenue durant les années 2000. Les taux de croissance élevés, parfois supérieurs à +10% par an, s'expliquent principalement par une ouverture des marchés de ces pays, une hausse des prix des matières premières (hydrocarbures, minerais et agricoles) et de faible coûts de production. Le tout dans un contexte où la demande émanant des pays développés a augmenté, permettant ainsi au final, aux pays émergents, d'accumuler d'importants excédents commerciaux et de drainer l'épargne internationale vers eux.

Au final, une des conséquences qu'il convient de souligner a été l'amélioration des niveaux de vie des populations qui se sont fortement et rapidement rapprochés des standards observés dans les pays développés, même s'il subsiste des différences parfois importantes. De plus, la hausse des prix (inflation) est généralement descendue à des niveaux inférieurs à +10% par an quand ils pouvaient avoisiner les +100% jusque dans les années 1990. Néanmoins, la plupart des pays émergents connaissent actuellement un ralentissement de leurs rythmes de croissance respectifs. Si, dans un premier temps, cela pouvait être imputable au ralentissement économique observé dans les pays développés, il semble que cela ne soit plus suffisant et que des raisons plus structurelles et spécifiques à chaque pays doivent être mises en avant. Afin d'illustrer les tensions propres à chaque pays, il suffit d'avoir à l'esprit que la bourse chinoise s'est effondrée de presque -7% suite à la mise en lumière de la mauvaise qualité des bilans bancaires, que des manifestations se sont développées au Brésil suite à une augmentation minime du ticket de métro, que des émeutes ont éclaté en Turquie suite à un simple projet d'urbanisation d'un parc public, ou encore que l'Inde a connu la coupure d'électricité la plus importante de l'histoire en 2012 avec près de 600 millions de personnes coupées d'électricité.

Ralentissement spécifique dans chaque pays

Etant donné que les pays émergents forment un ensemble vaste et très disparate, il convient de se focaliser sur un nombre limité de pays afin de développer un raisonnement. Les pays émergents les plus importants au regard de leur taille démographique, économique et de leur développement au cours des années 2000 sont sans conteste les BRIC. L'acronyme BRIC désigne le groupe de pays formé par le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine. Ils regroupent près de la moitié de la population mondiale, ce sont les pays qui ont connu la croissance économique la plus marquée et dont la convergence économique vers les pays développés est la plus rapide.

L'ampleur et la rapidité du développement économique de ces pays fait que ces pays devraient représenter un poids global équivalent à celui des pays du G6 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni et Italie) à l'horizon 2040. La crise globale a relativement épargné ces pays, de sorte que les espoirs de reprise économique mondiale étaient largement reporté sur ces pays. Or, leur ralentissement, combiné à une reprise aux Etats-Unis en demi-teinte et à une situation déprimée en Europe, a récemment amené le FMI (Fonds Monétaire International) a révisé ses prévisions de croissance à la baisse pour l'année 2013 à +3,1%.

Au Brésil, la baisse du prix des matières premières souligne les faiblesses structurelles du pays. En effet, le pays est relativement mal doté en matière de production industrielle et son développement au sein de l'économie brésilienne stagne. Elle n'arrive pas à prendre le relais de l'industrie minière et agricole sur lequelles le pays avait principalement basé son développement mais dont le potentiel est maintenant limité par la chute des cours. Dès lors, les recettes tirées des matières premières diminuent. L'offre industrielle brésilienne est insuffisante, elle est trop peu diversifiée et manque de compétitivité. De plus, avec le durcissement de la politique monétaire (hausse des taux d'intérêts) pour faire face à l'augmentation de l'inflation, la devise brésilienne s'apprécie (hausse de la valeur), rendant ainsi plus chères les exportations. L'autre résultat de cette politique monétaire est qu'elle pèse sur l'investissement et la consommation en limitant les crédits octroyés. Au final, la croissance brésilienne pour 2012 n'est que de +0,9% (voir graphique ci-dessus), et les prévisions pour 2013 sont en deçà des projections initiales.

En Russie, l'équilibre budgétaire et les marges de manœuvre de l'Etat reposent quasi uniquement sur le prix des hydrocarbures, et notamment ceux du gaz. En effet, l'économie russe est très peu diversifiée et très dépendante des exportations d'hydrocarbures (pétrole et gaz) qui représentent près de 60% des recettes extérieures. Or, avec le ralentissement de la croissance mondiale, la demande de produits énergétiques diminue, entraînant ainsi la baisse du prix de ces produits. En effet, alors que le prix du baril de pétrole était à environ 130 dollars avant la crise globale, il oscille dorénavant autour de 100 dollar le baril. A cela vient s'ajouter la concurrence accrue des gaz et pétroles de schistes.

En Inde, la croissance pour 2012 est la plus mauvaise depuis plus de 10 ans. En effet, malgré un taux de croissance relativement soutenu +5%, le pays ne peut pas faire face à la pression démographique et lutter contre la pauvreté car le pays a besoin au minimum d'un taux de croissance de +8% pour cela. Le pays avait massivement investi dans les services, notamment informatiques, mais ce secteur ne semble plus en mesure d'intégrer autant de travailleurs qu'auparavant. Le résultat est une montée de la pression sociale et une inflation élevée, auxquels viennent se greffer des problèmes administratifs et d'infrastructures très importants. Concrètement, cela se traduit par le fait qu'il est parfois moins couteux d'importer un produit de l'autre bout du monde que de le transférer d'une partie du pays à une autre.

Enfin en Chine, le pays traverse une période sensible et non anticipée, tout du moins si rapidement. En effet, le pays connaît une croissance légèrement inférieure à +8% en 2012, ce qui correspond au seuil à partir duquel le pays peut espérer le plein emploi, et elle devrait s'établir à +7% en 2013 De plus, cette croissance dépend fortement des investissements dans les infrastructures et l'immobilier. Sans la croissance (relativement artificielle) liée à ces secteurs, le pays connaîtrait probablement des taux biens inférieurs. Aussi, il convient de signaler que ces statistiques sont issues des organes officiels dont il est possible de douter au regard de la rapidité et de la précision avec laquelle elles sont fournies, en comparaison de la difficulté rencontrée par des pays plus petits et plus développés pour arriver à un résultat similaire. La Chine subit le ralentissement économique observé en Europe (principal débouché des exportations industrielles chinoises), ce qui souligne de fait son principal point faible, à savoir sa grande dépendance aux autres économies. Toutefois, ce qui est plus grave pour ce pays c'est la perte de compétitivité, fragilisant ainsi son modèle de développement basé sur les exportations. En effet, la hausse continue des salaires (+15% par an en moyenne depuis 2002), couplée avec l'appréciation du Yuan (devise chinoise) entraîne la diminution de la compétitivité du pays au profit de pays voisins tels que le Vietnam ou l'Indonésie. De plus, les produits chinois se trouvent de plus en plus en concurrence avec les productions des pays du Sud de l'Europe, qui ont considérablement amélioré leur compétitivité pour faire face à la crise qui les touche.

Eléments de perspective

La Chine est maintenant en concurrence directe avec le Mexique. En effet, ce pays pourrait devenir plus compétitif que la Chine d'ici peu grâce à des coûts de production très bas liés au faible niveau des salaires et à une énergie relativement bon marché. En 2015, le salaire mexicain devrait être inférieur de 30% au salaire chinois, procurant ainsi un gros avantage à un pays voisin de la première économie mondiale. Au niveau de l'énergie, le baril de pétrole mexicain est 30% moins cher qu'en Chine et le prix du gaz y est presque trois fois moins cher. De plus, le pays bénéficie de nombreuses réserves de gaz et pétrole de schiste dont il pourrait tirer profit dans le futur afin de diminuer encore ses coûts de production. Enfin, le Mexique bénéficie d'un atout majeur car il a passé de nombreux accords de libre-échange. Le pays a déjà signé 44 traités commerciaux dont l'ALENA avec les Etats-Unis et le Canada, et l'Alliance Pacifique avec la Colombie, le Chili, le Mexique et le Pérou, alors que la Chine n'en a signé que 18 jusqu'à aujourd'hui. Le Mexique est actuellement la 14ème puissance économique mondiale et il est très lié avec les Etats-Unis qui écoulent 75% des exportations mexicaines. Dans ces conditions, une reprise économique des Etats-Unis pourrait s'avérer bénéfique pour ce pays d'Amérique du Nord, à condition qu'il réussisse à faire face à ses problèmes de sécurité et de corruption, ainsi qu'à ses lenteurs administratives, et enfin qu'il arrive à fournir une main d'œuvre qualifiée.

Un autre élément qui marque le ralentissement économique des pays émergents est la diminution de l'attrait des investisseurs internationaux pour ces pays. En effets, les flux d'investissement continuent à diminuer et devraient baisser de -36 milliards de dollars en 2013 à 1'145 milliards de dollars, et de -33 milliards en 2014 à 1'112 milliards. La diminution des flux nets de capitaux vers les pays émergents traduit notamment les inquiétudes des investisseurs sur le potentiel et l'avenir de ces pays, dans un contexte de crainte, in fine, du soutien de la banque centrale américaine (la FED) à l'économie américaine (voir décryptage). En effet, la perspective de la fin de la politique monétaire accommodante entraîne la fin de la recherche de rendement qui a incité une partie des investisseurs à se porter sur les actifs des pays émergents. Les investisseurs sont dès lors poussés à prendre moins de risques, ce qui pourrait avoir des conséquences marquées dans les pays qui dépendent le plus des financements extérieurs tels que la Turquie, la Roumanie, le Maroc ou la Pologne. Le risque est notamment de connaître un sous-investissement obérant la croissance potentielle future, dans des pays où le manque d'infrastructures est parfois criant.

Implications globales

Pour les pays développés, le ralentissement des pays émergents n'est pas une bonne nouvelle, à fortiori dans une perspective de reprise économique mondiale, car c'est dans ces pays que se trouvent les sources de croissance pour l'avenir, mais aussi et surtout ce sont ces pays où se trouvent les actifs et l'épargne qui payeront les retraites des pays développés vieillissants, dont certains n'arrivent pas à se réformer dans ce sens.

Pour les pays émergents, ce phénomène de ralentissement de la croissance économique illustre le principe de "barrière à la croissance" qui frappe les économies en développement entre les phases de décollage et d'expansion, et la phase de maturité économique. En effet, entre ces phases, les économies sont confrontées à un problème d'harmonisation des sphères économiques et sociales où la question de la redistribution des richesses et/ou répartition du pouvoir se font pressantes. La gestion de cette période de "barrière à la croissance" est fondamentale pour assurer la pérennité du développement et éviter des débordements sociaux incontrôlés. L'idée ici est qu'une distribution trop inégalitaire des revenus constitue un frein pour passer à une étape supérieure du développement car, après une phase d'accumulation de richesses, les inégalités empêchent le développement du marché intérieur. Or, cela est nécessaire pour stimuler la croissance et permettre de suivre les besoin d'élévation du niveau de vie des populations.

Citation

Sylvain Fontan, “Ralentissement économique des pays émergents”, décryptage publié sur «leconomiste.eu» le 19/07/2013.

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