"L'inflation est une taxation sans législation" - Milton FRIEDMAN

"Sous le capitalisme, les gens ont davantage de voitures. Sous le socialisme, les gens ont davantage de parkings " - Winston CHURCHILL

"L'économie mondiale demeure une notion abstraite aussi longtemps que l'on ne possède pas un compte en banque" - Achille CHAVEE

"Tous les hommes politiques appliquent sans le savoir les recommandations d’économistes souvent morts depuis longtemps et dont ils ignorent le nom " - John Maynard KEYNES

"La seule fonction de la prévision économique, c’est de rendre l’astrologie respectable " - GALBRAITH

"En politique, ce qui est cru est plus important que ce qui est vrai " - TALLEYRAND

"La guerre n'est que la simple continuation de la politique par d'autres moyens" - Carl VON CLAUSEWITZ

"Les profits sont le sang vital du système économique, l’élixir magique sur lequel repose tout progrès. Mais le sang d’une personne peut être le cancer pour une autre " - Paul SAMUELSON

"Les crises de demain sont souvent le refus des questions d’aujourd’hui " - Patrick LAGADEC

"Si la méchanceté des hommes est un argument contre la liberté, elle en est un plus fort encore contre la puissance. Car le despotisme n'est autre chose que la liberté d'un seul ou de quelques-uns contre tous" - Benjamin CONSTANT

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Le Trading à haute fréquence

30 octobre 2014

Le fonctionnement des bourses a fortement évolué au cours des dernières années. Une des évolutions majeures est la place qu'occupe désormais le trading à haute fréquence. Le but de cette technique est le gain de temps afin d'accroître la rapidité à profiter des opportunités de marché. Bien que cette technique soit devenue courante et très importante, les risques potentiels sont importants et certains Etats commencent à s'y intéresser.

THF - Evolution depuis 2005

Le Trading Haute Fréquence (THF)

Le THF vise à exploiter les écarts de cotations dans un laps de temps très réduit. Concrètement, le THF consiste à utiliser la technologie informatique pour exécuter une stratégie d'investissement qui serait irréalisable manuellement. En d'autres termes, le TFH permet d'identifier automatiquement par le biais d'ordinateurs, des opportunités d'investissement sur la base d'algorithmes prédéfinis, et ainsi d'opérer à haute fréquence des millions d'ordres de bourse en une microseconde. Les opérateurs qui utilisent cette technique profitent alors d'un léger avantage (le temps) pour prélever un tout petit bénéfice. Toutefois, la multiplication des opérations permet in fine de dégager des bénéfices significatifs. Au final, c'est la gestion du temps qui est au cœur du THF car il permet d'analyser de gigantesques flux d'informations et de les utiliser pour acheter ou vendre une fraction de seconde en avance.

Le THF occupe aujourd'hui une place très importante dans les marchés financiers. En effet, le THF représente environ 40% du volume total des transactions journalières sur le marché des actions en Europe, et environ 65% aux Etats-Unis. Au-delà de la place quantitative du THF, son importance tient également à ses effets systémiques. En effet, le système est potentiellement instable car des mini-krachs éclairs peuvent apparaître ponctuellement sur certains marchés suite par exemple à un bug informatique. Même si cela n'a encore jamais été le cas, il est possible d'envisager qu'un mini-krach, même localisé, puisse avoir des effets d'entraînement sur l'ensemble d'une place boursière. Dans ce cadre, il convient d'accorder un intérêt particulier à la technique du THF.

Mécanismes menant au THF

Il convient tout d'abord de rappeler certains éléments de base. En effet, le but des marchés financiers et d'assurer la liquidité des transactions pour faire se rencontrer l'offre et la demande de titres. Au final, l'objectif est de financer l'économie est d'assurer le drainage de l'épargne vers les agents économiques qui ont des besoins de financements. Ainsi, les marchés financiers organisent le financement (et le refinancement) de l'économie, en participant à la formation des prix, ce qui facilite l'allocation du capital et la gestion des risques.

Le THF tient tout d'abord à une transformation institutionnelle. Initialement, la cotation des prix sur les places financières s'effectuait à la criée. Aujourd'hui, la cotation s'effectue en temps réel via des systèmes électroniques. En effet, en 1971, apparaît un marché de capitaux automatisé, le NASDAQ (National Association of Securities dealers Automated), sur lequel les coûts de transaction étaient moindres qu'auparavant lorsque les opérateurs de marché étaient des spécialistes en situation de quasi-monopole. Le processus de fixation du prix d'équilibre est alors devenu plus concurrentiel car chaque ordre d'achat ou de vente pouvait être traité par plusieurs market makers (les teneurs du marché).

Parallèlement, les places financières ont suivi une logique de concentration. Les bourses se sont absorbées les unes les autres pour donner naissance à de grandes entités telles que le NYSE Euronext, le NASDAQ. Egalement, des plateformes totalement automatisées sont apparues comme le Bats et Direct Edge. Au niveau mondial, il existe maintenant une cinquantaine de places qui sont toutes interconnectées. Toutes ces évolutions institutionnelles ont été rendues possibles grâce aux innovations techniques. Théoriquement, le système est devenu plus performant, plus transparent et moins cher. Concrètement, les opportunités sont démultipliées car il offre des possibilités infinies de combinaisons à arbitrer pour les opérateurs de marché.

Enfin, il convient d'ajouter deux phénomènes. En effet, le THF a été rendu possible grâce au développement continu à partir des années 1980 des transactions informatisées, et la dérégulation des marchés financiers. Concrètement, dès 1999, n'importe quel organisme peut se lancer dans le métier de rapprocher l'offre et la demande de titres. Il suffit pour cela que les agents soient disposés à aller se faire coter chez eux. Ensuite, en 2001, les bourses se convertissent aux cotations avec des décimales après la virgule, ce qui permet de fonder des modèles économiques sur des gains infimes amplifiés par l'effet de volume. Enfin, en 2007, le monopole des bourses traditionnelles est cassé en matière de cotation. Désormais, une action d'une place financière (ex: le CAC 40 à Paris) peut être échangée sur une autre plateforme pas nécessairement basée en France. Au final, les diverses évolutions de l'écosystème des bourses a permis l'émergence du THF.

Avantages et inconvénients

L'image du THF dans le débat public est très négative. Le THF n'est généralement pas compris par ceux qui en parlent dans les médias, et plus largement il est perçu comme l'émanation de la finance "froide", déshumanisée avec des effets sociaux et sociétaux néfastes. Dans ce cadre, il est souvent difficile de parler de façon raisonnée d'un sujet qui déchaîne traditionnellement les passions, c'est-à-dire la finance, et qui est propice au sensationnel, que ce soit dans le discours politique ou médiatique.

Dans certaines circonstances, le THF peut avoir des conséquences sur la stabilité des marchés financiers. Hormis les aspects purement techniques liés à des stratégies de trading portant par exemple sur la hausse recherchée de la volatilité, ou d'autres aspects très techniques, le risque principal au niveau global est celui du risque systémique et de l'instabilité du système. Pour certains, le THF est une mutation nécessaire pour s'adapter à l'écosystème des marchés financiers, mais il s'agit également d'une innovation qui accroît le risque de crise financière. Trois raisons principales peuvent entraîner cette instabilité :

  • Des boucles rétroactives peuvent se nouer et s'auto-renforcer sous l'effet de transactions informatisées automatisées. Concrètement, un petit changement revenant en boucle, peut déclencher une modification plus grande, bouclant ainsi sur une nouvelle modification, et ainsi de suite. Au final, malgré des processus de gestion et de contrôle bien intentionnés, cela peut amplifier les risques internes et conduire à des interactions et des résultats non désirés.
  • Une seconde cause d'instabilité est sociale. Il s'agit d'un processus connu sous le nom de "normalisation de la déviance". Concrètement, c'est le risque que des événements inattendus et risqués (ex: des krachs extrêmement rapides et courts) soient progressivement considérés comme de plus en plus normaux, jusqu'à ce qu'une catastrophe se produise.
  • Enfin, il existe un risque non instinctif inhérent aux marchés financiers. En effet, une des raisons de l'instabilité potentielle est que des algorithmes testés individuellement, et donnant des résultats satisfaisants et sécurisants, peuvent dans les faits s'avérer incompatibles avec ceux introduits par d'autres firmes, rendant ainsi le marché instable, bien que chaque algorithme pris séparément soit stable.

Certains défendent néanmoins le THF et s'appuient sur trois types d'arguments :

1) Augmentation de la liquidité

La multiplication des ordres passés permet d'assurer la plus grande liquidité sur l'ensemble des types d'actifs, ce qui est fondamental pour le bon fonctionnement d'un marché. De plus, le THF présente l'intérêt de ne pas être soumis aux aspects psychologiques des opérateurs de marché. Typiquement, dans le cas où plus rien ne va sur les marchés, au lieu d'adopter un comportement moutonnier de panique ou "d'exubérance irrationnelle", les ordinateurs vont d'eux-mêmes s'arrêter et attendre le retour à la normale.

2) Baisse des spread

En d'autres termes, le spread, qui est l'écart entre le prix acheteur et le prix vendeur, est mécaniquement diminué grâce à la hausse de la liquidité engendré par le THF.

3) Les marchés peuvent être plus efficients

En effet, les algorithmes peuvent détecter des anomalies de marché que les humains ne peuvent pas voir du fait de leur capacité cognitive et de calcul limitée. Dès lors, il est possible de réaliser des arbitrages entre différentes classes d'actifs (actions, obligations...) et places boursières (Paris, Londres, New-York) de façon à ce que le prix d'équilibre se réalise sur les marchés boursiers.

Une impossible régulation ?

L'industrie financière s'oppose à une réglementation arguant que les effets seront contre-productifs. En effet, selon cette industrie, et de façon forcément caricaturale, trop de régulation équivaut à moins d'échange, et donc moins de circulation du crédit, ce qui renchérit mécaniquement le coût de ce dernier, avec in fine un accès aux capitaux plus coûteux pour les entreprises, avec des répercutions sur le marché du travail et des biens et services.

Plusieurs pays veulent néanmoins officiellement réguler, voire interdire la THF. Cependant, tout règlement uniquement national n'aura tout au plus qu'une faible portée, puisque le THF sur des valeurs cotées dans ce pays peut s'effectuer depuis des plateformes situées hors de ce pays. Une loi purement nationale présenterait la même faiblesse que toute loi territorialisée face à des capitaux libres de circuler et de s'échanger dans le monde entier. Le seul pays qui serait négativement touché par une mesure allant dans ce sens serait le pays voulant mettre en œuvre unilatéralement une telle régulation. Parallèlement, ce serait les autres pays qui bénéficieraient doublement de cette mesure en voyant un pays s'affaiblir tout en renforçant ses partenaires.

Le seul pays dans lequel une telle réglementation aurait du sens est les Etats-Unis. En effet, l'impact serait alors très différent car les plateformes de cotations de ce pays sont incontournables. Hors existence d'un Etat mondial, la seule perspective éventuellement viable à court et moyen terme est une législation au niveau régional. Dans ce cadre, la seule zone capable d'envisager cela sera l'Europe. Hors, il est très improbable que le Royaume-Uni veuille avancer dans ce sens étant donné le poids de son industrie financière. Dès lors, si l'Europe avançait significativement dans ce sens, les pays extra-européens, Royaume-Uni et Etats-Unis en tête, seraient les premiers à en bénéficier. Par conséquent, seule une interdiction pure du THF fréquence au niveau mondial paraît pouvoir être efficace.

Citation

Sylvain Fontan, “Le Trading à haute fréquence”, analyse publiée sur «leconomiste.eu» le 20/11/2013.

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