"On appelle progrès technique une capacité d’action de plus en plus efficace que l’homme acquiert par l’effort intellectuel sur les éléments matériels" - Jean FOURASTIE

"La récession c'est quand votre voisin perd son emploi; la dépression c'est quand vous perdez le vôtre" - Harry S. TRUMAN

"Vous ne pouvez pas taxer les gens quand ils gagnent de l'argent, quand ils en dépensent, et quand ils épargnent" - Maurice ALLAIS

"Celui qui contrôle l’argent de la nation contrôle la nation" - Thomas JEFFERSON

"Le changement du monde n’est pas seulement création, progrès, il est d’abord et toujours décomposition, crise " - Alain TOURAINE

"Le capitalisme constitue par nature, un type ou une méthode de transformation économique, et non seulement il n’est jamais stationnaire, mais il ne pourrait le devenir. Ce processus de destruction créatrice constitue la donnée fondamentale du capitalisme" - Joseph SCHUMPETER

"L'argent public n'existe pas, il n'y a que l'argent des contribuables" - Margaret THATCHER

"Hélas! Qu'y a-t-il de certain dans ce monde, hormis la mort et l'impôt ?" - Benjamin FRANKLIN

"Chaque génération se doit de payer ses propres dettes. Respecter ce principe éviterait bien des guerres à l'humanité" - Thomas JEFFERSON

"Les communistes sont ceux qui ont lu Marx. Les anti-communistes sont ceux qui l'ont compris " - Ronald REAGAN

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Difficile de voir clairement ce qui se passe en Corée du Nord et si les rodomontades du chef de ce pays sont sérieuses ou sont seulement des provocations sans lendemain. J’écris ces quelques idées le 11 septembre, sachant que les événements peuvent se pré

24 décembre 2018

Difficile de voir clairement ce qui se passe en Corée du Nord et si les rodomontades du chef de ce pays sont sérieuses ou sont seulement des provocations sans lendemain. J’écris ces quelques idées le 11 septembre 2017, sachant que les événements peuvent se précipiter.

Drapeau Corée du Nord

Par Jean-Baptiste Noé, IdL

 

Corée du Nord : le pays n’est pas fou

Il est trop facile de dire que Kim Jong-un est fou, trop rassurant aussi. Cela peut arriver, mais en géopolitique ce n’est pas la meilleure approche. Sa logique est différente de la nôtre et ce qu’il recherche pour son pays n’est pas forcément ce que nous souhaiterions.

La Corée du Nord se perçoit comme un pays entouré d’ennemis, donc qui doit sans cesse se défendre contre eux. Avec 25 millions d’habitants estimés, elle ne fait pas le poids face à la Chine. La Corée du Sud est son adversaire depuis 1945 et le Japon compte aussi parmi ses opposants. Ce pays est né de la guerre, celle de Corée, entre 1950 et 1953. Il s’est battu contre les États-Unis et il reste persuadé que les Américains veulent en finir avec lui. Depuis cette date, le pays est militarisé et se prépare à toute éventualité.

On peut penser qu’ils se trompent, mais c’est en tout cas dans cette forteresse assiégée qu’ils se perçoivent.

 

La nécessité du nucléaire

Disposer de l’arme nucléaire est donc pour eux une nécessité. La Chine l’a, les États-Unis aussi. Durant la guerre de Corée, le général Mc Arthur a tenté de convaincre le président Truman de l’utiliser. Cela, les Coréens ne l’ont pas oublié. Ils sont persuadés que les États-Unis sont prêts à les vitrifier. Avoir le nucléaire est donc une façon pour eux de se défendre.

Sans l’aide des puissances extérieures, et notamment de la Chine, ils n’auraient pas pu développer leur programme nucléaire. Les alliés de la Corée ont donc une part de responsabilité dans les tensions actuelles.

Pour la dictature militaire qu’est ce pays, le programme nucléaire et la définition d’un ennemi extérieur sont aussi une façon de tenir son peuple. Cela légitime la censure, la répression, la lutte contre les ennemis de l’intérieur. La famine des années 1990 aurait provoqué la mort d’un à deux millions de personnes. L’ONU estime que plusieurs milliers de prisonniers politiques sont enfermés dans les prisons du pays. Difficile d’en savoir plus tant les informations filtrent peu. Les fausses informations, en revanche, filtrent beaucoup. La Corée du Sud est coutumière du fait en attribuant au régime du Nord des crimes et des exactions qu’il n’a pas commis ; ce qui n’enlève rien à la cruauté des crimes réellement commis.

 

Les pays voisins : l’intérêt du statu quo

Les pays voisins, Corée du Sud, Chine, Japon n’ont pas d’intérêt immédiat à renverser le régime. Sa présence légitime leur armement et leur présence militaire dans la région. Ici, le statu quo est préférable au changement. La Chine n’a aucune envie d’une réunification coréenne, ce dont goûte peu aussi la Corée du Sud compte tenu de l’écart de développement entre les deux pays. Séoul n’a pas non plus envie que Pékin annexe la Corée du Nord. Finalement, le pays sert d’État tampon, ce qui convient à tout le monde. Quant aux États-Unis, cela légitime leur présence et justifie leur protectorat militaire sur les pays de la zone pacifique. Il faut juste veiller à ce que Pyongyang n’aille pas trop loin.

 

La réelle menace nucléaire

C’est que le danger est réel. Kim Jong-un semble décidé à obtenir l’arme nucléaire, ce qui reviendrait à franchir une ligne jaune. Ses essais dans la zone maritime japonaise et à proximité de l’île de Guam inquiètent légitimement les populations locales. On comprend que les 160 000 habitants de Guam apprécient peu que la Corée du Nord se dise prête à bombarder l’île. On comprend aussi que le président américain ne puisse pas rester sans réagir à ces provocations.

 

L’irrationalité américaine ?

Cela fait au moins quinze ans que les États-Unis regardent Pyongyang avec une grande méfiance. La menace nord-coréenne n’est pas une invention de Trump. Ce pays était déjà inscrit sur la liste de l’axe du mal à la fin des années 1990 et les néoconservateurs n’étaient pas contre une intervention militaire. Mais l’Iran, l’Afghanistan et l’Irak lui étaient passés devant. Avec l’effacement de ces adversaires, la Corée revient mécaniquement sur le devant de la scène.

Quel rôle joue Donald Trump ? Applique-t-il la stratégie du fou mise au point par Richard Nixon lors de la guerre du Vietnam ? Il s’agissait alors de faire croire aux Vietnamiens que les États-Unis étaient prêts à utiliser l’arme nucléaire pour les forcer à la négociation et en finir avec ce conflit. L’imprévisibilité de Donald Trump peut-être une stratégie payante. Cela peut effrayer Pyongyang et limiter ses ambitions. En diplomatie aussi il y a ce que l’on voit et ce que l’on en voit pas : derrière les tweets de Trump, il y a les négociations en sous-main. Il faut aussi rassurer la population américaine et lui montrer que le Président agit. Le discours diplomatique est à la fois ad extra, vers l’extérieur, et ad intra, à sa population. Le principe d’escalade peut être pratiqué pour limiter la montée aux extrêmes.

 

Les pions d’Europe ?

Enfin, la crise coréenne interroge aussi l’Europe sur le sens de la guerre. La France est l’un des seuls pays qui affirment qu’il est en guerre et qui en même temps diminuent son budget militaire, une attitude suicidaire sur le long terme. Obnubilés par la menace terroriste, nous risquons de perdre de vue que la guerre peut aussi être classique, c’est-à-dire d’Etats à Etats, et nécessiter un usage de l’armée conventionnelle et pas seulement du renseignement et du contre-terrorisme. L’adversaire n’est pas que l’État islamique et des jeunes radicalisés. À force de concentrer nos moyens uniquement sur Sentinelle et les Renault Kangoo de Vigipirate on prend le risque de perdre de vue l’existence d’une menace globale, notamment dans le Pacifique. Car au-delà de la question coréenne il y a aussi la Chine et l’Inde, ce qui rend indispensable la possession d’une flotte digne de ce nom (c’est-à-dire avec deux porte-avions). Avec ses missiles balistiques, la Corée du Nord peut atteindre Paris en quelques dizaines de minutes. La crise nous concerne donc. La France n’a plus de tradition diplomatique en Asie, alors que nous avons contrôlé l’Indochine pendant plusieurs décennies. La disparition coloniale ne doit cependant pas nous faire croire que le monde se limite à l’Afrique et au Proche-Orient. La France est encore présente dans le Pacifique, notamment en Polynésie. Elle peut jouer un rôle dans cette zone et se rappeler que l’Asie est l’un des centres du monde dont il n’est pas bon d’être exclu.

La crise coréenne nous oblige à mieux penser la multiplicité des guerres. La première guerre mondiale a débuté alors que personne ne la souhaitait et que chacun pensait sincèrement qu’elle serait courte. À force de pratiquer la stratégie du fou, il n’est pas à exclure que celle-ci dérape. Nous sommes capables de mener des opérations antiterroristes sur le territoire national et des déploiements brefs en Afrique. Sommes-nous prêts à affronter une guerre conventionnelle en Asie ?

C’est là le paradoxe de la crise coréenne : celui de revenir à une vision classique de la guerre, conduite par des États, qui se mesurent aux autres, qui sont prêts à mettre en mouvement leur armée. Une guerre comme on la pratiquait jusqu’en 1991 et dont on pensait que la chute du communisme nous en dispenserait. On croyait vivre uniquement dans la guérilla et l’opération de maintien de la paix. Mais au Donbass, en Irak, en Corée, c’est la guerre de toujours qui revient.

En passant à côté de cette réalité, l’Europe risque de se mettre en situation de pion regardant le combat des fous.