"L’économie se venge toujours" - Raymond BARRE

"Un économiste est quelqu’un qui expose l’évidence en termes incompréhensibles" - Alfred KNOPFT

"Tout l’art du bon gouvernement consiste à plumer l’oie de façon à obtenir le maximum de plumes avec le minimum de cris" - Jean-Baptiste COLBERT

"Les profits sont le sang vital du système économique, l’élixir magique sur lequel repose tout progrès. Mais le sang d’une personne peut être le cancer pour une autre " - Paul SAMUELSON

"Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France " - Maximilien DE BETHUNES, Duc de Sully

"L'économie mondiale demeure une notion abstraite aussi longtemps que l'on ne possède pas un compte en banque" - Achille CHAVEE

"La seule fonction de la prévision économique, c’est de rendre l’astrologie respectable " - GALBRAITH

"Le problème avec le socialisme, c'est que, tôt ou tard vous êtes à court de l'argent des autres" - Margaret THATCHER

"L'avarice commence où la pauvreté cesse. " - Honoré de BALZAC

"Tous les hommes politiques appliquent sans le savoir les recommandations d’économistes souvent morts depuis longtemps et dont ils ignorent le nom " - John Maynard KEYNES

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Le prix de la seconde

7 juin 2017

L’économiste Paul Samuelson avait réfléchi à la perversité de la rémunération de la possession d’une information peu de temps en avance. Il avait imaginé la situation d’une personne capable d’obtenir les données cruciales une seconde avant tous les autres. Si la valeur sociale de ce léger avantage est quasi nulle, le bénéfice privé peut en revanche être très important. Un demi-siècle plus tard, le trading haute fréquence (HFT) illustre cette expérience de pensée. Par Romain Treffel.

Prix de la seconde

 Fin mai 2013, par exemple, l’agence de presse canadienne Thomson Reuters a conclu un contrat d’un million de dollars avec l’université du Michigan pour recevoir son étude de confiance économique cinq minutes avant le reste du monde. L’agence fournit en effet un service intitulé « latence ultrabasse », facturé 2000 dollars par mois, qui permet à ses clients privilégiés d’obtenir certains indices cruciaux deux secondes avant sa sortie publique ! Or, deux secondes constituent une éternité pour le HFT, dont les ordres passent en largement moins d’un millième de seconde. Ainsi, deux mouvements spéculatifs (tout à fait légaux) sont survenus respectivement 0,25 seconde et 0,03 seconde avant la publication de l’indice de l’université !

Le développement du HFT déplace l’enjeu de l’investissement boursier. Cet enjeu est désormais technologique, car le succès dépend de la puissance du matériel informatique, des logiciels, et encore plus simplement, tant les durées en question sont infimes, de la distance entre l’émetteur de l’ordre et le récepteur – les câbles du réseau doivent être les plus courts possibles, les ordinateurs sont même parfois collés aux serveurs des opérateurs boursiers ! Les entreprises du secteur, composées de mathématiciens, de physiciens, d’ingénieurs et d’informaticiens, engrangent des fortunes en écrémant des montants infimes – comme l’avait imaginé Samuelson – au détriment d’acteurs qui n’ont pas leur capacité technologique. Tels des vautours qui surveillent leurs proies avant de plonger sur elles à l’instant idoine, ils n’exécutent qu’une minorité d’ordres, après avoir ferré des opérateurs moins retors. On comprend donc bien en quoi cette évolution est néfaste : elle rompt l’égalité formelle entre acheteurs et vendeurs que permet l’institution d’une bourse.